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Je considère parmi les grands intellectuels du fédéralisme, qu’Alexandre MARC (en tant que Premier secrétaire général de l’UEF et à d’autres titres ultérieurs, dont la fondation et l’animation du Centre international de formation européenne (CIFE);
Henri BRUGMANS, (Premier président de l’UEF et fondateur du Collège de Bruges);
Altiero SPINELLI (fondateur et animateur du Movimento Federalista Europeo, du Congrès du Peuple européen, auteur du premier traité d’Union européenne voté par le Parlement européen élu au suffrage universel direct) ont été des acteurs majeurs du Fédéralisme contemporain.
Denis de ROUGEMONT, plus littéraire, n’est pas moins un grand acteur (congrès de Montreux 1947 – de La Haye 1948 – fondateur du Centre européen de la culture à Genève – Congrès du peuple européen à Genève).
Qui peut également être aussi classé parmi les « grands acteurs » ?
En France, j’en vois deux autres : b]Henri FRENAY[[/b], compagnon de la Libération, fondateur du Mouvement « Combat » pendant la guerre, véritable président-fondateur du MFE-France et longtemps président de l’UEF.
De même , je pense à Étienne HIRSCH, compagnon de Jean MONNET, président du M.F.E., ancien président d’Euratom.
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Il sera très difficile de « définir » le (ou les) fédéralismes en quelques lignes, sans provoquer des frustrations.
En France : fédéralisme Proudhonien, personnaliste, mais également, via l’influence d’Altiero Spinelli, Hamiltonien.
A l’UEF, le fédéralisme est avant tout, par définition, européen, mais d’une manière plus large, il est également "communaliste", régionaliste et mondial. Ou « global » avec une priorité pour « l’Europe » et la construction européenne : comme c’est mon cas.
Il ne s’agit pas d’un débat sur le sexe des anges, même si dans un premier temps, la sagesse plaide en faveur d’une définition « généraliste » susceptible de satisfaire tout un chacun.
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Je ne citerai que ceux qui, à mes yeux, s’imposent essentiellement, s’il s’agit du fédéralisme et du fédéralisme européen. Volontairement, pour le moment, je me suis limité à des textes en langue française, puisque l’UEF-France s’adresse à un public francophone. Cette liste peut être complétée, amendée, mais pour être crédible, elle doit quant aux choix effectués, demeurer équilibrée :
1) Mario ALBERTINI:
« Qu’est-ce que le fédéralisme ? » préface de Georges VEDEL, Paris, Sedei 1963
« Proudhon » - Florence 1974
2) Robert ARON, Alexandre MARC :
« Principes du fédéralisme », Paris, le Portulan, 1948
3) Henri BRUGMANS :
« Panorama de la pensée fédéraliste » La Colombe, Paris 1956
« La pensée politique du fédéralisme » Leyde A.W. SJithoff 1965
4) Robert BOWIE, C.J. FRIEDRICH :
« Études sur le fédéralisme » Paris, librairie de droit et de jurisprudence, livre publié sous l’égide du M.F.E., 1957
5) Alexander HAMILTON, John JAY, James MADISON :
« Le fédéraliste » Librairie de droit et de jurisprudence, publié sous l’égide de l’UEF, Paris 1957 – et Economica, Paris 1988
6) Emmanuel KANT :
« Vers la paix perpétuelle », Paris, P.U.F. 1958
7) Michel MOUSKHELY :
« Structures fédérales » - Presses d’Europe, Paris 1964
« Confédération ou fédération européenne ? » - Paris U.F.I, 1952
8) Alexandre MARC :
« Proudhon » - Fribourg – Paris, Egloff, 1945
« Europe, terre décisive » - Paris, La Colombe, 1959
« L’Europe pour quoi faire ? » - CIFE – Paris 1962
« Fondements du fédéralisme » - L’Harmattan, Paris, 1997
9) Denis DE ROUGEMONT :
« L’attitude fédéraliste » (rapport au premier congrès de l’U.E.F. à Montreux) – Revue économique et sociale, Lausanne, 1947.
« Lettre ouverte aux européens » - Albin Michel, Paris 1970
« Rapport au peuple européen sur l’état de l’Union de l’Europe » - Paris, Stock (Cadmos), 1979.
« Denis de Rougemont et l’Europe des régions » - François Saint-Ouen, Fondation de Rougemont, Genève 1993
« Dictionnaire international du fédéralisme » - Bruylant, Bruxelles, 1994
10) Pierre-Joseph PROUDHON :
« Du principe fédératif... » - Dentu libraire-éditeur, Paris 1863, réédité par Romillat, Paris 1999
11) Altiero SPINELLI et Ernesto ROSSI :
« Le Manifeste de Ventotene » - Institut d’Etudes Fédéralistes Altiero Spinelli – Presse fédéraliste – Lyon 1988.
12) Altiero SPINELLI
« Manifeste des fédéralistes européens » - Projet – Bureau d’études de l’U.E.F. – Paris 1957
« Agenda pour l’Europe », Paris, Hachette 1972
13) Maria-Grazia MERCHIONNI
« Spinelli, fédéraliste et européen » Cahier n°6 du CICC – Université de Cergy-Pontoise, 1998
Par ailleurs, sans vouloir nous annexer Jean MONNET, stature historique de l’Europe communautaire , on devrait citer également son petit livre prophétique « Les Etats-Unis d’Europe ont commencé », paru aux éditions Robert Laffont – PARIS 1955.
Quelques observations à propos de ce qui précède :
La liste préconisée ne comporte, volontairement, que des ouvrages majeurs de référence, parus en langue française, puisque nous nous adressons à des citoyens de langue française.
On pourrait également citer, mais à mon sens, dans un deuxième temps, des textes en langues allemande, anglaise, italienne, ayant pour thème le fédéralisme / fédéralisme européen, en indiquant pour chacun, la date et le lieu des éditions.
Concernant la construction européenne, l’union politique et économique de l’Europe, il existe des centaines de titres d’ouvrages et des dizaines de biographies. C’est pourquoi, il serait sage de se concentrer sur ce qui nous caractérise et motive en France, nos raisons d’être.
On pourrait, par la suite, progresser notamment sur le plan historique, en mentionnant alors à titre indicatif des ouvrages comme « le fédéralisme » de Bernard Barthalay (Paris – PUF) ; « les principes du fédéralisme » de Guy Héraud (Presses d’Europe) ; le « livre rouge » qu’il m’a été donné de consacrer aux « Pionniers de l’Europe communautaire » (Centre de recherche européenne de Lausanne, aujourd’hui Fondation Jean Monnet) ; le texte collectif auquel Martine Méheut et moi-même avons apporté une contribution, publié sous le titre « Les fédéralistes et la construction européenne » édité par le Mouvement Européen-France, 1998 ; « L’histoire de l’idée fédéraliste » en trois tomes, due à Bernard Voyenne, Presses d’Europe, 1973 / 1983 ; le livre de Jean-Francis Billion « Mondialisme, fédéralisme européen et démocratie internationale » édité par Féderop en 1997 ; celui que Sergio Pistone vient de sortir (en langue italienne) sur « l’Union des fédéralistes européens », ainsi que certains textes collectifs qui ont marqué la vie de l’UEF (« Déclaration des résistances européennes » sur l’Union fédérale ; Hertenstein ; Montreux I et II, etc…)
Nota : cette première liste sera aménagée est complétée au dur et à mesure que la rubrique prendra de la consistance.
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Quand E=mC2 devient l'énergie de l'Europe.
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La mondialisation a transformé le monde en une communauté de destin. Les États-nations sont de plus en plus inadaptés face aux grands défis mondiaux de paix et de sécurité, de justice internationale, de développement économique, de
protection de l’environnement ainsi que face à toutes les autres questions mondiales. Tant le nationalisme que la simple coopération intergouvernementale sont des modèles du passé.
{{L’Europe peut offrir un nouveau modèle au monde, le modèle du fédéralisme et de la démocratie internationale.}}
Pour lire la suite,
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Il semblerait que ce soit Duncan Sandys, conservateur anglais, beau fils de Churchill, chargé de créer et développer le Mouvement européen en Grande-Bretagne, qui proposa pour la première fois le drapeau avec un grand E comme symbole de l’unité européenne. L’ironie de l’histoire a donc voulu que ce soit un Anglais qui propose le drapeau de la lutte politique pour l’unité européenne.
{{Le premier drapeau de l’unité européenne}}
Ce drapeau, un grand E rouge sur fond blanc, est apparu pour la première fois en 1948, au Congrès de La Haye. Le Congrès réunissait l’ensemble des organisations européennes et fédéralistes et devait déboucher, notamment, sur la création du Mouvement européen, regroupant l’ensemble des organisations pro-européennes. Ce fut pourtant à cette occasion que surgirent les premières divisions entre unionistes et fédéralistes : les premiers se
satisfaisant d’une simple union d’Etats, les seconds désirant créer une véritable Fédération européenne. Lors du premier congrès du Mouvement européen, en septembre 1948 à Strasbourg, les dirigeants du nouveau
mouvement décidèrent d’adopter le vert à la place du rouge. Le E vert symbolisait l’espoir de l’unité européenne et la paix à laquelle aspirait les peuples européens.
{{Le drapeau de tous les européen ?}}
Ce drapeau ne devait cependant jamais devenir le drapeau institutionnel de l’Union. En effet, en 1986 ce fut le drapeau étoilé qui fut choisi pour représenter l’Union européenne. Le drapeau au E vert devait rester le drapeau des militants européens. Décliné de différentes manières il est aujourd’hui encore utilisé par de nombreuses organisations européennes, mais ce sont sans nul doute les fédéralistes qui contribuent de façon décisive à faire vivre ce drapeau et le projet qu’il représente.
{{Le drapeau d’un projet politique}}
En effet, le E vert représente davantage que la simple idée de l’unité européenne. Il symbolise aujourd’hui le combat politique en faveur de l’Union fédérale du continent. Ce n’est pas un drapeau alternatif à celui de l’Union
européenne, mais un drapeau complémentaire. Le drapeau étoilé représente l’Union telle qu’elle est, c’est-à-dire les institutions européennes mais aussi l’idée de citoyenneté européenne. Le E vert représente l’Union telle qu’elle
devrait être pour les partisans de l’Europe et, plus encore, pour les partisans de l’Europe fédérale. C’est pour cette raison profonde qu’il ne faut pas faire disparaître ce drapeau. Qu’il faut au contraire l’utiliser et le faire connaître.
Il représente ce qui aujourd’hui n’est pas encore réalisé mais qui reste pourtant nécessaire. Il symbolise ce qu’il faut encore accomplir pour construire cette Europe dont nous avons tous besoin : une Europe démocratique et efficace, une Europe capable d’agir dans le monde et en
mesure d’affronter les défis du XXIème siècle, une Europe capable de défendre et de promouvoir, au-delà de ses frontières, les valeurs de paix, d’humanisme et de progrès qui constituent le patrimoine commun de tous les citoyens
européens.
{C’est ce drapeau que des militants fédéralistes hissèrent devant les postes frontières dans l’immédiat après-guerre. C’est encore ce drapeau qui fut utilisé dans les années 70 pour demander l’élection directe du parlement européen. C’est également ce drapeau qui fut porté par plus de 100.000 manifestants à Milan en juin 1985 pour soutenir le projet de traité du Parlement européen (connu sous le nom de traité Spinelli), et c’est toujours ce même drapeau qui fut brandit par des dizaines de milliers de citoyens
demandant une Constitution pour l’Europe lors du sommet de Nice, en 2000.
Il s’agit donc d’un drapeau de lutte. Un drapeau symbolisant le combat des Européens et des fédéralistes contre le nationalisme et contre la division de l’humanité mais aussi contre tous ceux qui, tout en acceptant l’idée de la nécessaire unité du continent, refusent d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Il représente le rêve européen d’unité, de paix et de progrès. En ce sens sa portée dépasse les frontières de l’Europe, sa vocation est universelle comme le projet qu’il symbolise.}
{{David SOLDINI}}, Vice-Président de l'UEF-France[b][/b]
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Jacques Maritain (1882-1973), auteur d’une soixantaine d’ouvrages publiés de 1913 à 1973 est un philosophe français d’origine et d’éducation protestante converti en 1906 au catholicisme. Il rencontre à La Sorbonne celle qu’il épousera en 1904 et qui partagera les combats de toute sa vie, Raïssa Oumansoff, immigrée juive d'origine russe et ukrainienne. D’abord proche de l’Action française et de Charles Maurras, il prend, en 1926, position pour le Vatican dans ses mises en garde aux catholiques vis-à-vis du
mouvement monarchiste. Dans les années suivantes il participe à l’aventure des « non-conformistes des années 30 », qui aboutit à la création du mouvement personnaliste ; c’est probablement là que doivent être recherchées les racines de sa connaissance du fédéralisme et de son
engagement durant la seconde guerre mondiale pour une fédération européenne et, après l’explosion des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, pour un gouvernement mondial fédéral.
Maritain quitte l’Europe en 1933 pour devenir professeur aux universités de Toronto puis de Columbia et de Princeton. Il poursuit sa réflexion sur les thèmes politiques et sociaux. Bloqué en Amérique du Nord par l’éclatement
de la guerre il prend violemment position contre le régime de Vichy dès juin 1940. Alors qu’il a toujours refusé d’appartenir au Comité national de la France libre, il ne peut pas tout refuser à de Gaulle qui lui propose l’Ambassade de France au Vatican et il l’occupera de 1945 à 1948, avant de
retourner enseigner à Princeton. Revenu en Europe et brisé après le décès de son épouse, il s’installe en 1961 à Toulouse auprès de la congrégation des Petits frères de Jésus dont il deviendra membre en 1970. Jacques et Raïssa
Maritain sont enterrés à Kolbsheim dans le Bas-Rhin d’où le Cercle d’études Jacques et Raïssa Maritain [1] poursuit la diffusion de son œuvre et conserve la plupart de ses archives.
Lorsque la revue créée et dirigée jusqu’à sa mort par Mario Albertini à Pavie, Il Federalista, décide en 1984 de créer une rubrique « Le fédéralisme dans l’histoire de la pensée », destinée à créer une anthologie de la culture fédéraliste, avec l’étude de l’engagement fédéraliste d’Albert Einstein, elle
écrivait que « le fédéralisme a déjà une longue histoire et une riche tradition culturelle. Mais cette tradition est largement méconnue (...) C’est pourquoi quelques auteurs fédéralistes ont été complètement oubliés, tandis que d’autres ne sont connus que pour la part de leurs travaux qui n’a rien à voir
avec le fédéralisme » [2].
Cette affirmation est parfaitement justifiée pour Jacques Maritain comme elle l’est pour nombre d’autres personnalités (l’Abbé Pierre, Thomas Mann, Albert Einstein, Léopold S. Senghor, Albert Camus, Jules Romain...). Maritain possède en effet une excellente connaissance du fédéralisme (y compris anglo-saxon). Ses écrits fédéralistes s’étalent de la fin des années 1930 au milieu des années 1950, du moins en ce qui concerne le fédéralisme européen, atlantique ou mondial. Quatre de ces textes, « L’Europe et l’idée fédérale » (1940), « L’Europe et les tâches de l’après-guerre » (1940), « Le concept de souveraineté » (1951) et, enfin, « Le problème de l’unification politique du monde » (1951) ont été regroupés dès 1993, dans le cadre d’un
intéressant volume, Jacques Maritain, l’Europe et l’idée fédérale, publié par les éditions Mame et introduit par Philippe Chenaux [3] dont nous ne pouvons, encore aujourd’hui qu’encourager la lecture et la diffusion.
{{Jean-Francis BILLION}},
membre du Bureau de l'UEF-France, président de l'UEF-Rhône-Alpes
[1] Cercle d'études Jacques et Raïssa Maritain, 21 rue de la Division Leclerc, 67120 Kobsheim.
[2] Cf Le Fédéraliste (édition française) - 1984 - XXVIème année, N°1, Pavie, pp. 74-90.
[3] Jacques Maritain, l'Europe et l'idée fédérale. introduction de Philippe Chenaux, ed. Mame, Paris, 1933, pp. 182.
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À l’issue de la Deuxième Guerre mondiale durant laquelle il s’engage dans la Résistance il est élu à l’Assemblée constituante puis à l’Assemblée nationale en tant que député du Mouvement républicain populaire (démocrate-chrétien) de Meurthe-et-Moselle avant d’abandonner quelques années plus tard la vie parlementaire et de se consacrer à Emmaüs. C’est par cet engagement qu’il va passer à la postérité et acquérir une popularité que même son engagement plus
que douteux il y a quelques années en faveur de Roger Garaudy, ancien philosophe stalinien devenu négationniste, ne semble pouvoir ternir.
Mais ce ne sont pas ces aspects de sa vie qui nous intéressent. Lorsque la revue, Il Federalista, créée et animée jusqu’à sa mort par Mario Albertini, décide en 1984 de créer sa rubrique « Le fédéralisme dans l’histoire de la pensée » par l’étude de l’engagement fédéraliste d’Albert Einstein, elle écrivait : « le fédéralisme a déjà une longue histoire et une riche tradition culturelle. Mais cette tradition est largement méconnue car elle ne s’insère pas dans le cadre conceptuel de la culture dominante, basée sur l’acceptation inconsciente de la souveraineté nationale, et donc de la guerre, comme des traits auxquels la réalité historique ne peut échapper. C’est pourquoi quelques auteurs fédéralistes ont été complètement oubliés, tandis que d’autres ne sont connus que pour la part de leurs travaux qui n’a rien à voir avec le fédéralisme ». Cette affirmation est aussi justifiée pour l’Abbé Pierre que pour Albert Einstein, tous deux, en effet, sont mondialement connus et respectés, tout comme Léopold Senghor, Bertrand Russell, Albert Camus, Jules Romain, Aimé Césaire… et tant d’autres, mais qui connaît leur engagement pour le fédéralisme…?
Jeune parlementaire, l’Abbé Pierre participe au Congrès constitutif du Mouvement universel pour une confédération mondiale (MUCM, ancêtre du Mouvement fédéraliste mondial dont l’U.E.F. et la JEF Europe sont dorénavant des organisations membres) à Montreux en 1947. Mais il ne méprise pas pour autant le fédéralisme européen comme le montre un témoignage qu’il adressera plus tard à Renée Marchand, infatigable animatrice du Registre international des Citoyens du monde, dont des extraits ont été publiés, avec un court commentaire d’Alexandre Marc, dans L’Europe en formation.« La guerre finie, je reçus une invitation à participer à deux Congrès à Montreux, destinés à faire revivre les fédéralismes européen et mondial. Naïf, je considérais qu’après les horreurs de la guerre, ne pouvait que très vite se réaliser l’Europe. Alors c’est au Congrès mondialiste que j’ai décidé de consacrer mes forces. Rapidement (…) je fus pour quatre ans désigné comme résident du Comité exécutif du mouvement ». En décembre 1949, à l’occasion de la remise du Prix Nobel de la paix à Lord Boyd Orr, recteur de l’Université de Glasgow et futur président de la FAO (Food and Agricultural Organisation des Nations unies) alors Président du MUCM, il s’exprime à Copenhague devant un journaliste du Monde :« L’Histoire est la preuve de l’aspiration humaine à l’unité. Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, les grandes guerres sont les instruments de ce désir. Mais, toujours, le peuple vainqueur, en prétendant à unifier, opprime de telle sorte que les peuples secouent son joug et de nouveau se divisent. Libérés de sa tyrannie ils conservent pourtant la nostalgie de la fusion. Cette loi demeure plus que jamais présente » .
L’Abbé Pierre sera aussi très actif dans le soutien à Garry Davis lors de sa renonciation à sa nationalité américaine ou pour le droit à la reconnaissance de l’objection de conscience. Beaucoup plus récemment il a également participé à Montreux en 1977 à la commémoration du 30ème . anniversaire du congrès fondateur du MUFM (photo) et nous pouvons témoigner avec Jean-Luc Prevel de son attachement au fédéralisme par le long dialogue téléphonique entre lui et Jerry Bourgeois, animateur des fédéralites mondiaux qui animait cette rencontre, auquel nous avons assisté au Sénat le 27 novembre 1999 à l’occasion d’une conférence, « Passer de la mondialisation sauvage à la mondialisation institutionnelle », alors que sa santé ne lui avait pas permis de se joindre au public et aux autres personnalités présentes (Georges Berthoin -ancien Président du Mouvement européen international, Michel Rocard, ou Stéphane Hessel)4.
Ses archives, 31 dossiers (allant actuellement de 1947 aux années 1970) déposées par Emmaüs International au Centre des archives du monde du travail de Roubaix, témoignent également du maintien de son intérêt permanent pour le fédéralisme.
Leur exploitation permettra de mieux comprendre le sens de son engagement et d’approfondir la connaissance de l’histoire du mouvement fédéraliste international car elles se révèlent contenir une riche documentation sur diverses réunions (MUFM : Montreux 1947, Luxembourg 1948, Genève 1948, Stockholm 1949, Rome 1951, La Haye 1957…, Union parlementaire européenne -UPE-à la fin des années 1940, Conférences parlementaires pour un gouvernement mondial de Londres en 1951, 1952 et 1954) et une correspondance abondante avec de nombreuses organisations (MUFM, UPE, U.E.F. -à laquelle un dossier est spécifiquement consacré sur les années 1947 à 1949-, Union fédérale mondiale -UFM, section française du MUFM, Assemblée constituante des peuples, Droit mondial, Sermonde [?], Congrès des peuples, Ecole et paix, World Federal Authority Committee, Citoyens du monde, Union fédérale du monde…
Pour conclure ce bref hommage, deux courtes citations de l’Abbé Pierre me semblent particulièrement intéressantes pour les fédéralistes aujourd’hui.
- La première, toujours en relation avec Lord Boyd Orr, date de 1967 lors d’une conférence de presse à Paris lorsqu’il déclare que « le début de l’aprèsguerre a été pour le mondialisme naissant l’ère des juristes, de ceux qui croyaient avec un optimisme merveilleux que le gouvernement mondial c’était pour demain matin, et qui consacraient tous leurs efforts à établir la meilleure constitution possible… Lord Boyd Orr a alors eu l’idée de lancer ce que l’on a appelé le fonctionnalisme. Il a dit en somme, ‘vous les juristes continuez à faire vos travaux mirobolants… ; en attendant, développons les ministères de ce gouvernement qui n’existe pas, c’est-à-dire faisons fonctionner avec le maximum d’efficacité la FAO, l’UNICEF, l’OMS. Que ce soit la fonction qui crée l’organe’ ». Cette citation pour rappeler que, malgré leur séparation du début de la Guerre froide aux années qui ont suivi l’écroulement de l’Union soviétique, les mouvements fédéralistes, mondial et européen, ont eu à choisir entre les mêmes alternatives stratégiques : fonctionnalisme et/ou constitutionnalisme (intégration fonctionnelle pour Lord Boyd Orr et Jean Monnet, d’une part, et tenants de la méthode constituante, partisans mondialistes du Congrès des peuples et Altiero Spinelli et Congrès du Peuple européen, d’autre part) ;
- la deuxième, extraite d’une déclaration à la Sorbonne le 10 janvier 1989, que nous a récemment rappelé le fédéraliste mondial suisse Rolf Paul Haegler6 : « Oui, je suis un vieux fou, mais, comme il y quarante ans, je continue de déclarer la guerre à la misère et je fais appel à un nouveau patriotisme mondial… Nous devons… fixer nos regards sur le bien et le mal de l’un des legs les plus précieux que nous ayons reçu… notre hymne national… porteuse de mots qui, à travers l’enchainement des évènements vécus (depuis), sont devenus imprononçables. Après les crimes interraciaux -et le monde est loin d’être guéri partout de cette honte- quel maître d’école, quel père, quelle mère peuvent encore imaginer devoir apprendre à leurs enfants à haïr et à rêver d’abreuver la terre d’un sang impur ? ».
Cette dernière citation étant particulièrement savoureuse et utile alors que dans le cadre de la récente campagne présidentielle certains des candidats (Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal plus particulièrement) se sont livrés à des débordements nationalistes et cocardiers que les fédéralistes ne peuvent que condamner avec la plus grande virulence.
Jean-Francis BILLION
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À l’issue de la Deuxième Guerre mondiale durant laquelle il s’engage dans la Résistance il est élu à l’Assemblée constituante puis à l’Assemblée nationale en tant que député du Mouvement républicain populaire (démocrate-chrétien) de Meurthe-et-Moselle avant d’abandonner quelques années plus tard la vie parlementaire et de se consacrer à Emmaüs. C’est par cet engagement qu’il va passer à la postérité et acquérir une popularité que même son engagement plus que douteux il y a quelques années en faveur de Roger Garaudy, ancien philosophe
stalinien devenu négationniste, ne semble pouvoir ternir.
Mais ce ne sont pas ces aspects de sa vie qui nous intéressent. Lorsque la revue, Il Federalista, créée et animée jusqu’à sa mort par Mario Albertini, décide en 1984 de créer sa rubrique « Le fédéralisme dans l’histoire de la pensée » par l’étude de l’engagement fédéraliste d’Albert Einstein, elle écrivait : « le fédéralisme a déjà une longue histoire et une riche tradition culturelle. Mais cette tradition est largement méconnue car elle ne s’insère pas dans le cadre conceptuel de la culture dominante, basée sur l’acceptation inconsciente de la souveraineté nationale, et donc de la guerre, comme des
traits auxquels la réalité historique ne peut échapper. C’est pourquoi quelques auteurs fédéralistes ont été complètement oubliés, tandis que d’autres ne sont connus que pour la part de leurs travaux qui n’a rien à voir avec le fédéralisme ». Cette affirmation est aussi justifiée pour l’Abbé Pierre que pour Albert Einstein, tous deux, en effet, sont mondialement connus et respectés, tout comme
Léopold Senghor, Bertrand Russell, Albert Camus, Jules Romain, Aimé Césaire… et tant d’autres, mais qui connaît leur engagement pour le fédéralisme…?
Jeune parlementaire, l’Abbé Pierre participe au Congrès constitutif du Mouvement universel pour une confédération mondiale (MUCM, ancêtre du Mouvement fédéraliste mondial dont l’U.E.F. et la JEF Europe sont dorénavant des organisations membres) à Montreux en 1947. Mais il ne méprise pas pour autant le fédéralisme européen comme le montre un témoignage qu’il adressera plus tard à Renée Marchand, infatigable animatrice du Registre international des Citoyens du monde, dont des extraits ont été publiés, avec un court commentaire d’Alexandre Marc, dans L’Europe en formation.« La guerre finie, je reçus une invitation à participer à deux Congrès à Montreux, destinés à faire revivre les fédéralismes européen et mondial. Naïf, je considérais qu’après les horreurs de la guerre, ne pouvait que très vite se réaliser l’Europe. Alors c’est au Congrès mondialiste que j’ai décidé de consacrer mes forces. Rapidement (…) je fus pour quatre ans désigné comme Président du Comité exécutif du mouvement ». En décembre 1949, à l’occasion de la remise du Prix Nobel de la paix à Lord Boyd Orr, recteur de l’Université de Glasgow et futur président de la FAO (Food and Agricultural Organisation des Nations unies) alors Président du MUCM, il s’exprime à Copenhague devant un journaliste du Monde :« L’Histoire est la preuve de l’aspiration humaine à l’unité. Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, les grandes guerres sont les instruments de ce désir. Mais, toujours, le peuple vainqueur, en prétendant à unifier, opprime de telle sorte que les peuples secouent son joug et de nouveau se divisent. Libérés de sa tyrannie ils conservent pourtant la nostalgie de la fusion. Cette loi demeure plus que jamais présente » .
L’Abbé Pierre sera aussi très actif dans le soutien à Garry Davis lors de sa renonciation à sa nationalité américaine ou pour le droit à la reconnaissance de l’objection de conscience. Beaucoup plus récemment il a également participé à Montreux en 1977 à la commémoration du 30ème . anniversaire du congrès fondateur du MUFM (photo) et nous pouvons témoigner avec Jean-Luc Prevel de son
attachement au fédéralisme par le long dialogue téléphonique entre lui et Jerry Bourgeois, animateur des fédéralites mondiaux qui animait cette rencontre, auquel nous avons assisté au Sénat le 27 novembre 1999 à l’occasion d’une conférence, « Passer de la mondialisation sauvage à la mondialisation institutionnelle », alors que sa santé ne lui avait pas permis de se joindre au public et aux autres personnalités présentes (Georges Berthoin -ancien Président du Mouvement européen international, Michel Rocard, ou Stéphane Hessel)4.
Ses archives, 31 dossiers (allant actuellement de 1947 aux années 1970) déposées par Emmaüs International au Centre des archives du monde du travail de Roubaix, témoignent également du maintien de son intérêt permanent pour le fédéralisme.
Leur exploitation permettra de mieux comprendre le sens de son engagement et d’approfondir la connaissance de l’histoire du mouvement fédéraliste international car elles se révèlent contenir une riche documentation sur diverses réunions (MUFM : Montreux 1947, Luxembourg 1948, Genève 1948, Stockholm 1949, Rome 1951, La Haye 1957…, Union parlementaire européenne -UPE-à la fin des années 1940, Conférences parlementaires pour un gouvernement mondial de Londres en 1951, 1952 et 1954) et une correspondance abondante avec de nombreuses organisations (MUFM, UPE, U.E.F. -à laquelle un dossier est spécifiquement consacré sur les années 1947 à 1949-, Union fédérale mondiale -UFM, section française du MUFM, Assemblée constituante des peuples, Droit mondial, Sermonde [?], Congrès des peuples, Ecole et paix, World Federal Authority Committee, Citoyens du monde, Union fédérale du monde…
Pour conclure ce bref hommage, deux courtes citations de l’Abbé Pierre me semblent particulièrement intéressantes pour les fédéralistes aujourd’hui.
- La première, toujours en relation avec Lord Boyd Orr, date de 1967 lors d’une conférence de presse à Paris lorsqu’il déclare que « le début de l’aprèsguerre a été pour le mondialisme naissant l’ère des juristes, de ceux qui croyaient avec un optimisme merveilleux que le gouvernement mondial c’était pour demain matin, et qui consacraient tous leurs efforts à établir la meilleure constitution
possible… Lord Boyd Orr a alors eu l’idée de lancer ce que l’on a appelé le fonctionnalisme. Il a dit en somme, ‘vous les juristes continuez à faire vos travaux mirobolants… ; en attendant, développons les ministères de ce gouvernement qui n’existe pas, c’est-à-dire faisons fonctionner avec le maximum d’efficacité la FAO, l’UNICEF, l’OMS. Que ce soit la fonction qui crée l’organe’ ». Cette citation pour rappeler que, malgré leur séparation du début de la Guerre froide aux années qui ont suivi l’écroulement de l’Union soviétique, les mouvements fédéralistes, mondial et européen, ont eu à choisir entre les mêmes alternatives stratégiques : fonctionnalisme et/ou constitutionnalisme (intégration fonctionnelle pour Lord Boyd Orr et Jean Monnet, d’une part, et tenants de la méthode constituante,
partisans mondialistes du Congrès des peuples et Altiero Spinelli et Congrès du Peuple européen, d’autre part) ;
- la deuxième, extraite d’une déclaration à la Sorbonne le 10 janvier 1989, que nous a récemment rappelé le fédéraliste mondial suisse Rolf Paul Haegler6 : « Oui, je suis un vieux fou, mais, comme il y quarante ans, je continue de déclarer la guerre à la misère et je fais appel à un nouveau patriotisme mondial… Nous devons… fixer nos regards sur le bien et le mal de l’un des legs les plus précieux que nous ayons reçu… notre hymne national… porteuse de mots qui, à travers l’enchainement des évènements vécus (depuis), sont devenus imprononçables. Après les crimes interraciaux -et le monde est loin d’être guéri partout de cette honte- quel maître d’école, quel père, quelle mère peuvent encore imaginer devoir apprendre à leurs enfants à haïr et à rêver d’abreuver la terre d’un sang impur ? ».
Cette dernière citation étant particulièrement savoureuse et utile alors que dans le cadre de la récente campagne présidentielle certains des candidats (Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal plus particulièrement) se sont livrés à des débordements nationalistes et cocardiers que les fédéralistes ne peuvent que condamner avec la plus grande virulence.
Jean-Francis BILLION
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Il y a cent ans, le 31 août 1907, naissait à Rome, Altiero Spinelli.
Résistant, inscrit au Parti communiste à l’âge de 17 ans, Spinelli passera de longues années dans les geôles fascistes puis en confinement, sur l’île de Ventotene. Durant ces années de captivité, aidé par quelques amis, notamment Eugenio Colorni et Ernesto Rossi, il va développer un programme politique fédéraliste pour « une Europe libre et unie ».
Publié clandestinement en 1941, le Manifeste de Ventotene propose la création d’une Fédération européenne pour définitivement mettre fin aux guerres sur le continent européen.
« Si l'Etat national était la seule forme d'organisation politique pour les Européens, si nous ne savions pas regarder au delà de lui comme les Grecs ne surent regarder au delà de la polis, nous n'aurions qu'à constater que nous sommes arrivés à la fin de la civilisation européenne, nous résigner et attendre que notre destin s'accomplisse. »
Spinelli travaillera inlassablement durant toute sa vie dans cette direction. Après avoir créé un mouvement politique, en Italie, le Mouvement fédéraliste européen, il s’emploiera à convaincre les hommes politiques de son époque de la nécessité d’une Fédération européenne.
Elu au Parlement européen en 1979, Spinelli y mènera son ultime bataille politique, en faisant adopté en 1984 le Traité, dit « Traité Spinelli », et qui aurait du, selon le souhait très majoritaire de l’assemblée (élue au suffrage universelle directe, et représentante légitime des citoyens européens), remplacer les traités existants. Il n’en sera rien et aujourd’hui encore, l’Union peine à se transformer en une Fédération, pourtant chaque jour plus nécessaire.
Le Parlement européen a rendu hommage à Altiero Spinelli en donnant son nom à l’un de ces bâtiments bruxellois, montrant ainsi l’attachement des démocrates européens à son nom mais aussi et surtout à sa pensée et à son œuvre politique. Spinelli repose aujourd’hui sur la petite île de Ventotene, les habitants ayant décidé à sa mort, le 23 mai 1986, de ne pas accomplir la dernière volonté du grand européen qui souhaitait voir ses cendres dispersées dans la mer. Les Ventotenais, conscients que l’œuvre de Spinelli n’est pas achevée, ont souhaité conserver le corps sur l’île.
Cent ans après sa mort, plus de soixante ans après la fondation du Mouvement fédéraliste européen, en 1943 (puis de l’Union des Fédéralistes européens supranationale en 1947 à Montreux), plus de vingt ans après la prise de position du Parlement européen, l’Europe n’est pas encore une Fédération. Consciente que l’Union européenne ne pourra être une force de progrès pour l’humanité que lorsqu’elle aura définitivement pris la forme d’une Fédération européenne, l’Union européenne des fédéralistes poursuit l’œuvre d’Altiero Spinelli, avec humilité et détermination.
***
La première semaine de septembre, l’U.E.F., mais aussi la JEF Europe (Jeunes Fédéralistes européen) et le MFM (Mouvement fédéraliste mondial) organisent sur l’île de Ventotene un séminaire international « Pour le fédéralisme en Europe et dans le Monde » auquel participent des jeunes venus du monde entier.
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Il y a cent ans, le 31 août 1907, naissait à Rome, Altiero Spinelli.
Résistant, inscrit au Parti communiste à l’âge de 17 ans, Spinelli passera de longues années dans les geôles fascistes puis en confinement, sur l’île de Ventotene. Durant ces années de captivité, aidé par quelques amis, notamment Eugenio Colorni et Ernesto Rossi, il va développer un programme politique fédéraliste pour « une Europe libre et unie ».
Publié clandestinement en 1941, le Manifeste de Ventotene propose la création d’une Fédération européenne pour définitivement mettre fin aux guerres sur le continent européen.
« Si l'Etat national était la seule forme d'organisation politique pour les Européens, si nous ne savions pas regarder au delà de lui comme les Grecs ne surent regarder au delà de la polis, nous n'aurions qu'à constater que nous sommes arrivés à la fin de la civilisation européenne, nous résigner et attendre que notre destin s'accomplisse. »
Spinelli travaillera inlassablement durant toute sa vie dans cette direction. Après avoir créé un mouvement politique, en Italie, le Mouvement fédéraliste européen, il s’emploiera à convaincre les hommes politiques de son époque de la nécessité d’une Fédération européenne.
Elu au Parlement européen en 1979, Spinelli y mènera son ultime bataille politique, en faisant adopté en 1984 le Traité, dit « Traité Spinelli », et qui aurait du, selon le souhait très majoritaire de l’assemblée (élue au suffrage universelle directe, et représentante légitime des citoyens européens), remplacer les traités existants. Il n’en sera rien et aujourd’hui encore, l’Union peine à se transformer en une Fédération, pourtant chaque jour plus nécessaire.
Le Parlement européen a rendu hommage à Altiero Spinelli en donnant son nom à l’un de ces bâtiments bruxellois, montrant ainsi l’attachement des démocrates européens à son nom mais aussi et surtout à sa pensée et à son œuvre politique. Spinelli repose aujourd’hui sur la petite île de Ventotene, les habitants ayant décidé à sa mort, le 23 mai 1986, de ne pas accomplir la dernière volonté du grand européen qui souhaitait voir ses cendres dispersées dans la mer. Les Ventotenais, conscients que l’œuvre de Spinelli n’est pas achevée, ont souhaité conserver le corps sur l’île.
Cent ans après sa mort, plus de soixante ans après la fondation du Mouvement fédéraliste européen, en 1943 (puis de l’Union des Fédéralistes européens supranationale en 1947 à Montreux), plus de vingt ans après la prise de position du Parlement européen, l’Europe n’est pas encore une Fédération. Consciente que l’Union européenne ne pourra être une force de progrès pour l’humanité que lorsqu’elle aura définitivement pris la forme d’une Fédération européenne, l’Union européenne des fédéralistes poursuit l’œuvre d’Altiero Spinelli, avec humilité et détermination.
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La première semaine de septembre, l’U.E.F., mais aussi la JEF Europe (Jeunes Fédéralistes européen) et le MFM (Mouvement fédéraliste mondial) organisent sur l’île de Ventotene un séminaire international « Pour le fédéralisme en Europe et dans le Monde » auquel participent des jeunes venus du monde entier.
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{Je viens d’être gratifié, à l’instar de quelques-uns de mes anciens collègues fonctionnaires européens, d’un Diplôme d’Honneur 1957-2007 à l’occasion du 50ème anniversaire de la signature (23 mars 1957) des traités de Rome (Euratom et Marché commun) en reconnaissance de (notre) contribution à la création des institutions européennes. Une invitation à un déjeuner à Bruxelles le vendredi 1er juin 2007 avait été adressée à cette fin par le Vice-président letton de la Commission Kallas à tous les vétérans en service avant la mi-1958 (j’y étais depuis le 1er mai 1958 et ce pendant un quart de siècle). Cette distinction, qui nous honore tous, je la dédie pour ma part à tous mes anciens compagnons disparus.}
Mais…
Dans son discours d’accueil, le Vice-président, soulignant la devise Ensemble depuis 1957, semble en dater la fondation de l’Europe. Mon ancien collègue Schubert, aujourd’hui président de l’Association internationale des anciens fonctionnaires européens (AIACE), corrige le tir en rappelant que cette fondation date du 9 mai 1950 par le discours du ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman appelant les Etats qui le voudront à faire des instruments de guerre désormais des instruments de paix en instaurant un marché commun du charbon et de l’acier sous l’égide d’une Haute Autorité dont la vocation serait le bien commun et non des compromis minimaux d’intérêts prétendument nationaux. Six pays ont répondu présent : France, Allemagne fédérale, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg.
Entre-temps, l’Allemagne doit participer à la défense de l’Europe occidentale contre une éventuelle agression soviétique. En 1952, la France propose, pour l’encadrer, une Communauté européenne de Défense (CED) ; 1954 : rejet par l’Assemblée nationale (dominée par gaullistes et communistes), et ipso facto de la Communauté politique européenne (fédérale et démocratique) qui devait la chapeauter. L’Europe à peine née va-t-elle mourir ? Le Belge Spaak provoque la relance de Messine. En 1957 sont signés les traités de Rome.
La méthode communautaire (CECA = Communauté européenne du Charbon et de l’Acier) s’étant avérée efficace (quasi-fédérale par décisions à la majorité), on étend le marché commun à tous les produits et services, la poursuite du bien commun étant confiée à une Commission. Mais Rome crée en 1957 une Europe purement économique. Dès les premiers élargissements au-delà des Six (1973 : Angleterre, Irlande, Danemark), les nouveaux venus ne voient en l’Europe qu’un énorme supermarché. Naît l’équivoque européenne.
L’Europe de Schuman, à vocation fédérale annoncée dès le départ, est humaniste : paix, démocratie, fraternité, progrès social, donc primauté de la personne. L’Europe de Rome est uniquement économique. Gommage de la personne par le boutiquier. Telle est l’équivoque : humanisme (1950) ou économisme (1957).
L’inspirateur de Schuman, Jean Monnet, avait sous-titré ses Mémoires Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes. Or la gouvernance d’un marché commun n’est ni la politique étrangère, ni la fiscalité, ni l’orientation sociétale, attributs fondamentaux de toute identité nationale. En 1974, à la suggestion de Monnet, le Français Giscard et l’Allemand Schmidt muent les conférences au sommet sporadiques de chefs d’Etat ou de gouvernement, qui ont à trancher ces questions quand elles se posent au niveau européen, en Conseil européen. {{ Mais ce qui dans l’esprit de Monnet ne devait être qu’une étape vers une Europe fédérale est devenu fin en soi : de traité en traité, d’élargissement en élargissement, le Conseil européen est devenu le monarque absolu tout puissamment impuissant de l’Union (voir l’Irak). L’Europe : géant économique, néant politique.}}
Il devenait de plus en plus évident que sous une telle gouvernance l’Europe progresserait de moins en moins. En 1994, les Allemands Lammers et Schäuble proposent un noyau dur fédéral autour d’un Euroland prévisible (à l’époque, les Six moins l’Italie). Giscard y répond en proposant une Europe-puissance au sein d’une Europe-espace. En 2000, l’Allemand Fischer propose de fédéraliser l’Europe selon le modèle allemand. Pour le Français Moscovici, le fédéralisme est dépassé. (Dites, qu’entend-il par fédéralisme ?) Dans mon rapport au Parti fédéraliste (français) sur les questions européennes (11 septembre 2001 !!!), je préconise un noyau fédéral démocratique (président fédéral élu, bicaméralisme législatif, subsidiarité) au sein de l’Union pour reprendre, au moins à quelques-uns mais ouvert à tous, le projet humaniste de 1950, faute de quoi l’Union confédérale du Conseil européen se déliquescerait comme la Confédération américaine de 1776 à 1786 ou comme la Suisse en 1848 avant leur adoption de constitutions fédérales.
Au demeurant, l’appellation marché unique est aussi équivoque. Qui dit marché unique dit égalité de concurrence entre les acteurs (salariés, entreprises, citoyens) donc harmonisation fisco-sociale, et non concurrence entre Etats par le moins-disant fisco-social (délocalisations purement profitaires mais non recherche de la performance sur place), au rebours de l’objectif humaniste de progrès social. Seul un noyau fédéral d’humanisme commun peut le permettre.
Et l’équivoque européenne perdure avec l’illisible traité prétendu constitutionnel. En vérité, s’il améliorait la gouvernance interétatique de l’Union, ce traité ne rendait en rien l’Europe au peuple, ce qu’eût dû faire une vraie constitution, forcément fédérale. Ce sont toutes ces équivoques que, au-delà de toute démagogie socialisante ou souverainiste, avaient perçues les Français qui, voulant une Europe humaniste, y ont dit non. Ceci dit, une large part des politiques français, bêlant comme le passionnant parce que passionné mais peu intelligent grand historien français Michelet (première moitié du XIXème siècle), confirment l’exception inculturelle française : ne concevant d’autre démocratie que jacobine, pour eux un Etat européen fédéral, c’est la mort de la Nation (la France, évidemment). En fait, si l’union fait la force, c’est quand les décisions sont prises à la majorité (fédéralisme démocratique), non à l’unanimité (confédéralisme d’Etats). C’est ce que semble penser le troisième candidat (donc éliminé) à la présidentielle française 2007, François Bayrou, qui préconise dans son livre Projet d’espoir des volontaires d’une Europe active (les Six, ouverts à tous évidemment) devant les tenants d’une Europe zone. Europe-puissance versus Europe-espace ? Encore faut-il que ce soient les peuples, non les sacro-saints Etats, qui en décident.
{{Or notre avenir est actuellement entre les seules mains de nos Etats. Libre à eux de se faire les eunuques de l’Histoire. Mais tant pis pour nos peuples !}}
Edmond CARLIER
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L’Abbé Pierre (l’un de ses pseudonymes dans la Résistance), de son nom de baptême Henri GROUES, est né à Lyon
le 5 août 1912 et s’est éteint à Paris le 22 janvier 2007, à l’âge de 94 ans.
Clin d’oeil de l’histoire… il a longtemps vécu au domicile familial du… 26 de la rue Sala… (Lyon 2°) là même où
les fédéralistes lyonnais (d’abord La Fédération puis après sa fusion avec le Mouvement fédéraliste européen, l’
UEF régionale) ont eu leur siège durant des décennies.
Mais l’Abbé Pierre restera pour nous beaucoup plus qu’un « voisin » puisqu’il a été un réel militant fédéraliste après
avoir participé aux congrès fondateurs de Montreux (« mondialiste » et « européen ») de 1947 ; citons le : {{« La
guerre finie, (parlementaire) je reçus une invitation à participer à deux Congrès à Montreux, destinés à
faire revivre les fédéralismes européen et mondial. Naïf, je considérais qu’après les horreurs de la guerre, ne
pouvait que très vite se réaliser l’Europe. Alors c’est au Congrès mondialiste que j’ai décidé de consacrer mes
forces. Rapidement (…) je fus pour quatre ans désigné comme Président du Comité exécutif du mouvement »}}.
L’Abbé Pierre n’a pas borné là son militantisme comme le prouvent ses archives (fédéralistes) déposées par Emmaüs
International au Centre des archives du monde du travail de Roubaix (31 dossiers, allant de 1947 à 1975) dont
l’exploitation permettra de mieux comprendre le sens de ses multiples engagements et surtout d’approfondir la
connaissance de l’histoire du mouvement fédéraliste international dans ses diverses composantes.
Plus récemment nous avons encore eu d’autres preuves de son engagement, comme le 27 novembre 1999 lors d’une
réunion, « Passer de la mondialisation sauvage à la mondialisation institutionnelle », organisée par les fédéralistes
mondiaux au Sénat et à laquelle participaient d’autres personnalités, par exemple Georges Berthoin (ancien Président
du Mouvement européen international), Michel Rocard (ancien Premier ministre) ou Stéphane Hessel (Ambassadeur
de France).
Jean-Francis BILLION
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