Cette phrase en forme de titre résume les difficultés d'avancer d'un même pas, négligeant le fonctionnement des institutions et privilégiant celui du Conseil européen soit une approche de plus en plus intergouvernementale de l'Union. Ainsi en est-il de nombre de dossiers qu'il serait plus efficace et plus sage de gérer de manière communautaire.
Aide alimentaire: depuis l'hiver 1986/1987, l'Union accorde un soutien de quelque 500 millions d'euros aux associations caritatives assurant de quoi nourrir 13 millions de personnes. Cette somme a pris le relai, depuis le début des années 1990, des surplus agricoles que la Commission mettait à disposition de ces associations, dont les restaurants du cœur, Coluche étant à l'origine de ce vaste mouvement de solidarité. Cela était pris sur le budget de la politique agricole commune représentant 1 % de ce budget et moins de 1 € par an et par habitant de l'Union.
Six pays (Allemagne, Royaume-Uni, Pays- Bas, République tchèque, Danemark et Suède) ont engagé un recours devant la Cour de justice de l'Union pour dénoncer ce financement. En droit, le recours était fondé et la Cour a rendu un arrêt leur donnant raison. La Commission n'a pas fait appel et les États s'apprêtaient à entériner cette décision. Si cela avait été, c'est, en France seulement, 130 millions de repas qui n'auraient pas été distribués !
Or, l'intervention du ministre français de l'agriculture a permis de surseoir à cette décision dans l'attente de pouvoir trouver comment dégager, sur une autre ligne budgétaire et sans doute au titre de la politique sociale, les moyens utiles à poursuivre cet élan de solidarité ; Dix-neuf États et 85 % des députés européens y sont favorables. Une piste est aussi explorée, celle des surplus jetés régulièrement et en quantité par les supermarchés. Un mécanisme européen de redistribution des stocks pourrait être créé. Ce dossier trouvera une issue heureuse, mais il montre comment des pays plutôt favorisés (sauf peut-être la République tchèque) ont une approche comptable de la mise en commun de la solidarité : il est vrai que dans chacun, l'extrême droite a connu de forts succès électoraux ces dernières années conduisant au repli sur soi. L'Allemagne est un cas à part. Ces préoccupations sont certes d'ordre électoral, mais vis-à vis d'un affaiblissement de la CDU qui perd régulièrement les élections au fil des scrutins.
Au-delà du dossier à proprement parler, la question qui se pose est : « Comment se fait- il que dans la première puissance commerciale au monde, celle qui détient un cinquième de la richesse mondiale, il y ait autant de pauvres ! ». La crise ne va pas corriger cette anomalie !
Les OGM divisent toujours autant. La justice européenne condamne le moratoire français sur les OGM pour des raisons techniques, l'arrêt de février 2008 instituant une clause de sauvegarde n'ayant pas été argumenté sur le bon fondement juridique.
C'est le Conseil d’État qui a saisi la Cour suite au recours des semenciers, dont Monsanto, le fabriquant du maïs MON810.
La France prendra donc un autre arrêt se fondant sur le bon argument juridique, mais cela demandera du temps considérant les références à justifier d'un point de vue de santé publique.
Dans cette affaire, comme le projet de directive présenté en juillet 2010 par le commissaire européen à la santé, les points de vue ne sont pas identiques entre les Vingt-sept. Cela est à un tel point, que la directive va donner le droit de cultiver des OGM en Europe, laissant aux États le soin d'en décider autrement. Ainsi, la porte est grande ouverte aux semenciers pour développer un marché qui, bien au-delà des aspects liés à la santé et plus sans doute, pose la question de l'indépendance des agriculteurs qui ne seront plus à même de produire leurs propres semences et donc, se pose la question de l'indépendance de l'approvisionnement alimentaire en Europe.
Les OGM ne sont sans doute pas à condamner totalement, mais leur prolifération doit être l'objet d'un débat plus sérieux entre les Vingt-sept, débat qui doit prendre en compte les aspects liés à la santé et à l'alimentation, à l'économie, au social, à l'environnement et à l'aménagement du territoire.
Ce débat doit être initié par le Parlement européen, la Commission ayant décidé de ne pas affronter les États et de ne pas contrarier les semenciers !
Libye et Palestine : le rendez-vous manqué de la Défense et de la diplomatie européenne. L'initiative franco-britannique a mis les partenaires de l'Union devant le fait accompli. La réticence de l'Allemagne à s'engager dans un conflit armé et la timidité de beaucoup d'autres États ont eu raison d'une position commune quant àl'intervention en Libye. Cette intervention a cependant montré les limites des moyens militaires de la France et de la Grande-Bretagne qui, sans les moyens de l'OTAN, notamment des Américains, n'auraient pas connu le même succès. La France en a tiré très tôt les leçons en proposant avec la Pologne, la création d'un QG européen, proposition aussitôt rejetée par les Britanniques. Ainsi, « freinée par les réticences de Londres et handicapée par le blocage de Berlin, l'Europe de la défense n'a pu prendre son envol au-dessus de la Libye », pour reprendre les propos d'Arnaud DANJEAN, président de la sous-commission défense au Parlement européen.
Rendez-vous pareillement manqué lors de l'assemblée générale de l'ONU au sujet de lacréation d'un État palestinien. La division entre les Vingt-sept n'a pas permis une position commune malgré la volonté de Catherine ASHTON, la Haute représentante de l'Union européenne. L'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Bulgarie et la République tchèque n'entendent soutenir aucune résolution. L'Espagne et l'Irlande soutiennent la démarche palestinienne. L'Autriche veut une résolution des Vingt- sept. Quant à la France, le Royaume-Uni, la Belgique, le Luxembourg et d'autres, ils prônent une solution médiane qui confèrerait à la Palestine un statut d'État non membre, comme cela est le cas pour le Vatican. C'est d'ailleurs la solution que soutiendra le président français lors de son intervention devant l'assemblée générale. Bien sûr, les Israéliens n'en veulent pas car alors, la Palestine aurait la légitimité de saisir la Cour pénale internationale.
Deux occasions manquées, ce qui est d'autant plus rageant que l'Union est l'un des quatre membres du groupe de contact au Proche orient et l'un des principaux financeurs de la reconstruction en Libye et du fonctionnement de l'Autorité palestinienne.
A ces divisions, je pourrais encore citer ladivergence sur le budget de l'Unionqui conduit la Commission européenne à ne pas inscrire les crédits utiles au financement d'ITER et du projet GMES (surveillance de la terre), afin de mettre les États devant leurs responsabilités, ces projets étant essentiels à l'avenir spatial de l'Union ; citer aussi l'incohérence desprojets concurrents de gazoducsimpliquant la Russie, la Turquie, l'Azerbaïdjan ou encore le Turkménistan, autant de projets qui pourraient être complémentaires pour peu que l'Union veuillent se doter d'une politique énergétique commune.
Tout cela est attristant et montre bien que l'Union institutionnelle est aujourd'hui en panne, plus aucun capitaine ne tenant la barre, ni n'ayant de cap précis à atteindre.
La zone euro est mise à mal par la frilosité des États.
Cette frilosité est de deux ordres. Le premier est dû à la difficulté, mais aussi à la volonté ou à l'incapacité des États en difficulté de réagir pour redresser leur situation. Le second découle de la réticence des principaux bailleurs à jouer clairement le jeu de la solidarité. A cela, rien de bien nouveau depuis janvier 2010 si ce n'est que la situation s'aggrave, que les marchés prêtent de moins en moins à des taux de plus en plus haut et que le manque de visibilité et de croissance, tout autant que les paroles et initiatives malheureuses, inquiètent les investisseurs quant à la solidité des banques européennes qui détiennent des dettes souveraines. Il est vrai que ces dettes sont une réalité qui s'élève désormais à plusieurs centaines de milliards d'euros. Le risque de défaut est aujourd'hui au plus haut.
Résultat, les bourses s'affolent et favorisent la baisse des actions du secteur bancaire européen, fragilisant un peu plus encore la situation de la zone euro.
Où en sont les pays en difficultés ?
La Grèce toujours très fragile
En Grèce, la situation est devenue intenable et la Troïka (FMI, Union européenne et BCE) dénonce l'apathie du gouvernement qui ne maîtrise plus vraiment la situation. La réforme de l'administration d'État ne donne pas de résultat et celle-ci est incapable d'assurer les rentrées fiscales annoncées, ni d'enrayer le nombre de fonctionnaires dont 1 sur 10 seulement devrait être recruté (prévision de moins 100 000 d'ici à 2015). En 2ans, 25 000 fonctionnaires supplémentaires ont été recrutés, la Grèce en comptant entre 14 et 24 % de sa population active (le chiffre n'arrive même pas à être évalué correctement), soit presque autant que la France avec ses 20 % pour une population 6 fois plus importante.
Les promesses de privatisation ne sont pas tenues faute de pouvoir recenser correctement les biens concernés et, autre travers, l'impôt sur l'immobilier ne touchera pas les biens de l'Église orthodoxe dont les 10 000 popes et leurs évêques sont rémunérés par l'État, ce qui coûte quelque 220 millions euros au budget : l'Église grecque est une Église nationale.
Devant cette situation, les bailleurs hésitent à verser la sixième tranche du premier prêt de 110 milliards d'euros décidé en mai/juin 2010, soit 8 milliards au mois d'octobre ; les ministres des finances de la zone euro réunis le 3 octobre ont décidé de reporter le versement mi-novembre, ce qui ne va pas arranger la situation du pays. Autre danger, le FMI menace de se retirer si le gouvernement grec ne prend pas les mesures utiles et, bien que celui-ci annonce de nouvelles coupes dans les dépenses, la prudence reste la règle. Le vote favorable du Bundestag, tout autant que la décision favorable de la Cour constitutionnelle à aider la Grèce et à soutenir le FESF a donné un peu d'espoir et les marchés se sont détendus ; mais cela a été de courte durée quant il fut connu que la Finlande, pour prix de son soutien, négociait avec le gouvernement hellène une garantie spécifique lui assurant un retour sur investissement.
Enfin, pour clore sur une note optimiste, le gouvernement de M PAPANDREOU vient de décider de réaliser un vaste parc photovoltaïque permettant à Athènes d'exporter son soleil sous forme d'énergie vers les autres pays de l'Union. 200 km2 de terrain vont être mis à disposition et 20 milliards d'euros d'investissement sont nécessaires. Ce projet est soutenu par la Commission européenne et des investisseurs se sont déjà rapprochés de l'opérateur d'électricité grec DEI.
Tout cela n'empêche toujours pas certains de vouloir sortir la Grèce de la zone euro, ce dont personne n'a intérêt tant cela donnerait un mauvais signe aux marchés, avec le risque d'entrainer d'autres pays fragiles. Ce serait d'autant plus stupide, que les banques détenant des dettes souveraines sont désormais prêtes à faire un effort supplémentaire et à aller vers une perte plus important que les 21 % négociés au mois de juillet.
La dette italienne devient un risque pour la zone euro.
On le craignait depuis des mois sans vouloir vraiment y croire, mais l'Italie à son tour est touchée par la crise avec un endettement de 120 % du PIB soit 32 000 € par habitant. En l'espace de deux mois et le montage de deux plans de rigueur, les Italiens sont soumis à des mesures d'économie atteignant 144 milliards d'euros d'ici à 2015. Les banques italiennes sont les premiers créanciers de l'État avec plus de 150 milliards d'obligations. Elles sont suivies par les banques françaises (105 milliards) et allemandes (51 milliards). Tout cela venant s'ajouter aux quelques 200 milliards détenus sur les obligations grecques, portugaises et irlandaises.
Les mesures prises vont concerner la baisse des crédits alloués aux ministères et aux collectivités locales (moins 46 milliards), les économies faites dans le domaine social (36 milliards), la taxation des revenus de plus de 300 000 € et la hausse d'un point de TVA passant de 20 à 21 %.
Malgré cela, le gouvernement a du mal à se détacher du clientélisme électoral ou encore de lutter efficacement contre la fraude fiscale qui représente, annuellement, 8 % du PIB. Les tergiversations du président du Conseil italien et le peu de croissance prévue pour 2012 par le FMI (0.3%), ne rassurent pas les marchés qui prêtent désormais à près de 6% alors que la France et l'Allemagne sont à moins de 3 %.
La dégradation de la note italienne ajoute à l'inquiétude et porte un rude coup à l'ensemble de la zone euro. L'Italie est un poids lourds qui ne pourra pas être encore longtemps soutenu par la BCE intervenant pour racheter les dettes. Le Fonds européen de stabilité financière n'est pas encore opérationnel pour se substituer à la BCE et soutenir les pays en difficulté. La situation de l'Italie, s'agrégeant à celles de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal, fragilise grandement la zone euro.
Espagne et Portugal, une situation toujours difficile.
Nous venons de l'apprendre, le Portugal doit faire face à un déficit plus important qu'annoncé de sa province autonome Madère. Cela n'arrange pas ses affaires déjà bien compliqué et creuse un peu plus un endettement qu'un plan sérieux de restrictions était en passe de corriger. Il est trop tôt pour mesurer l'importance de cette tricherie, mais cela n'est pas fait pour rassurer les marchés.
L'Espagne aussi se bat contre ses provinces pour obtenir les vrais chiffres des dettes et déficits. Cela est d'autant plus important que le sauvetage en cours de nombreuses banques (Caisses d'épargne) et la restructuration du secteur bancaire ibérique sont un élément clef quant au sursaut de ce pays dont la fragilité économique et financière est accentuée par un chômage à 21 %. Les dernières émissions d'emprunts ont montré les limites de la confiance avec des prêteurs moins nombreux et des taux des crédits ne cessent de monter (5.17%).
Pour l'instant, l'Espagne tient le cap des réformes structurelles et de ses plans de rigueur, mais elle reste un partenaire fragile qui a bien besoin du soutien de la BCE qui, par l'achat de dettes souveraines, lui a permis d'économiser près de 40 millions d'euros sur des remboursements de crédits.
Le coût du financement à 10 ans dans la zone euro est un réel problème avec des disparités marquantes.
Taux au 1er septembre
Allemagne : 2.14
France : 2.87
Belgique : 4.04
Espagne : 5.05
Italie : 5.15
Irlande : 8.56
Portugal : 10.14
Grèce : 17.77
Le président de la BCE fustige les États et demande une révision du traité de Lisbonne.
La situation de la zone euro est à un tel point de difficulté que le président de la BCE, comme son successeur, parle ouvertement de renforcer la coordination de la zone euro.
Il fallait s'y attendre. Depuis le début de la crise, Jean-Claude TRICHET ne cesse de répéter que la cohésion des Dix-sept est la clef de toute sortie de la crise.
La BCE a joué les pompiers de service face à l'inertie des États et à la mauvaise volonté de certains pays, Allemagne en tête. La responsabilité des États n'est pas mince et le président de la BCE, enfin, le dénonce ouvertement. Allemagne, France, Italie, ce sont eux qui, en 2005, ont imposé l'assouplissement des règles de Maastricht pour des raisons conjoncturelles. Conséquences : dettes et déficit ont filé sans aucun contrôle, sans aucune alerte, sans même la moindre inquiétude tant chacun était persuadé de sa capacité à rebondir.
La situation que connaît aujourd'hui la zone euro est largement due à cette légèreté, à moins qu'il ne s'agisse d'incompétence !
La BCE, se substituant aux États, a limité les effets de la crise en achetant des dettes souveraines, ce que son mandat ne prévoyait pas. Elle détient désormais 129 milliards d'euros de dettes, dont 50 acquis ces deux derniers mois sur l'Espagne et l'Italie. Par le maintien de son taux directeur à 1.50 %, elle a enrayé une tendance inflationniste qui aurait augmenté les difficultés, ce qui ne l'empêche pas d'annoncer qu'elle pourrait à nouveau le baisser si la conjoncture venait à favoriser une récession. Ce que dit ouvertement aujourd'hui M TRICHET, et il est soutenu en cela par Mario DRAGHI son successeur au 1er novembre, c'est qu'il faut engager une révision très sérieuse du traité de Lisbonne qui redonne la main aux institutions européennes (Commission, Parlement et euro-groupe). Les mesures qu'ils demandent sont les suivantes :
1) Une surveillance mutuelle des politiques économiques nationales.
2) Une surveillance plus étroite des évolutions budgétaires nationales pouvant entraîner une mise sous tutelle en cas de défaillance d'un État.
3) D'améliorer la compétitivité des économies nationales afin de corriger les disparités en termes de croissance et d'emploi.
4) De renforcer les pouvoirs de la Commission et de l'Euro-groupe.
Autant de mesures qui ne font pas l'unanimité entre les États, bien que tous soient conscients qu'un saut qualitatif dans la gouvernance de la zone euro est désormais incontournable.
Fonds européen de stabilité financière et euro-bonds
Les décisions prises le 21 juillet devraient pouvoir être réaffirmées lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre. Trois États doivent encore se prononcer sur la transformation du statut du FESF : les Pays- Bas, la Slovaquie et Malte. Le résultat le plus incertain est celui de la Slovaquie tant le débat est tendu : « pourquoi un pays moins riche que la Grèce devrait contribuer à payer ses erreurs ? » c'est l'argument qu'utilisent nombre de parlementaires slovaques, toutes familles politiques confondues.
L'espoir est grand cependant de pouvoir actionner ce fonds rapidement, bien que sa dotation (440 milliards qui pourrait être portée à 500 milliards) ne suffira pas à intervenir en Italie et en Espagne.
En effet, ces deux pays représentent respectivement 17 et 12 % du PIB de la zone euro, soit 4 500 milliards d'euros avec un besoin de financement annuel de 320 milliards, ce qui n'est pas dans les capacités de soutien du FESF.
Une possibilité s'offre néanmoins à court terme. Celle de garantir de nouvelles émissions à hauteur de 20 % de la dette souscrite par les investisseurs. Cette formule permettrait de pouvoir garantir des émissions jusqu'à 1.5 milliards d'euros, mais cette formule reste insuffisante considérant les besoins.
Le scénario que les investisseurs commencent à étudier est celui des euro- bonds. Bien sur, cela n'est pas à l'ordre du jour et l'Allemagne y est toujours opposée, car cela supposerait que l'on mutualise les dettes. Pour autant, l'idée fait son chemin. L'avantage d'un tel mécanisme est qu'il ferait baisser le loyer de l'argent et ainsi faciliterait les ajustements budgétaires et aiderait une restructuration durable des finances publiques. Mais, pour une réelle efficacité, il faudrait que les encours de la dette soient transformés en euro-bonds afin d'éviter une trop grande diversité des titres.
Il convient de rappeler que dès le mois de décembre 2010, le président de l'euro- groupe et le ministre italien des finances proposaient de substituer aux obligations d'État des euro-obligations à hauteur de 40% du PIB de chaque pays. Cela aurait conduit à une fédéralisation des dettes, comme cela est le cas pour la monnaie. Mais ni le président français, ni la chancelière allemande n'ont voulu en entendre parler. Leur réticence à l'égard de tout transfert nouveau de souveraineté est une faute dans une période où seule plus de solidarité peut faciliter la sortie de crise. Par ailleurs, une telle opportunité aurait eu des effets bénéfiques sur leur propre budget puisqu'il n'aurait pas alourdi leur endettement comme c'est le cas avec le FESF.
« La création d'euro-obligations donnerait à l'Europe tout entière l'élan dont elle a besoin pour retrouver le chemin de la croissance » ainsi s'exprimait André GAURON, économiste et ancien conseiller de Pierre BEREGOVOY dont il rappelle qu'en 1990, lors de la négociation du traité de Maastricht, celui-ci réclamait déjà un véritable gouvernement économique européen !
Alors, les euro-bonds viendront par la force des choses, mais plus on attendra et plus il sera difficile de redresser la situation.
Il est en tout cas évident que toute évolution ne peut s'envisager sans une réforme profonde du traité tel que le propose le président TRICHET. Cette réforme doit renforcer la dimension communautaire de la gouvernance au détriment du Conseil européen. Pour autant, le nouveau système à mettre en place ne doit pas écarter la représentation des citoyens, c'est-à-dire les parlements nationaux et le Parlement européen.
Il y aurait encore beaucoup à dire tant l'actualité de septembre est dense. Il aurait fallu parler des manifestations nombreuses en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal. Il aurait fallu parler encore du dossier des banques qui restent une pierre maîtresse dans le règlement des dettes souveraines et dans l'apport des liquidités indispensables au fonctionnement de l'économie et aux besoins des particuliers. Mais nous aurons l'occasion d'évoquer ces sujets lors de prochaines soirées sur l'actualité, notamment le 21 novembre à la mairie du 7ème arrondissement avec Alain MALEGARIE et de nouveau le 7 décembre à la Maison de l'Europe et des Européens pour le point trimestriel sur la crise.
Pour clore cette présentation de l'actualité européenne de septembre, je dirai, une fois encore, que ce n'est pas avec moins d'Europe que nous nous en sortirons, mais avec une Europe plus soudée, plus intégrée, plus solidaire.
Alain Réguillon
4 octobre 2011
L'Europe à la croisée des chemins : fédéralisme ou dislocation ?
Par Alain MALEGARIE, Vice-président de la Maison de l'Europe et des européens Lyon/Rhône-Alpes, ancien directeur de l'Institut de l'euro
Comme chaque trimestre, mon propos sera, ce soir, comme nous en avons pris l’habitude depuis un an maintenant, très économique, centré sur la crise de la zone euro via ses dettes publiques.
Mais rassurez-vous j’essaierai de faire simple et imagé, sans trop de termes « abscons ».
Crise certes, qui fait d’ailleurs avancer (un peu) l’Europe. L’Europe avance (solidarité obligée) sur d’autres sujets majeurs, et j’en citerai quelques uns au préalable.
1/ la Présidence polonaise du Conseil de l’Union, depuis le 1er juillet, dans l’indifférence générale, a des projets, ce qui fait du bien en cette période plus que morose.
Les objectifs de cette présidence sont ambitieux, après les présidences ternes de la Tchéquie et de la Hongrie, eurosceptique.
La Pologne va traiter un énorme dossier technique et stratégique : le budget européen 2014-2020. Elle veut un budget fort pour améliorer la compétitivité de l’économie de l’UE.
La Pologne est en croissance, avec l’aide de fonds européens substantiels. Elle luttera aussi pour conserver une politique agricole commune performante. La Pologne va également finaliser le processus d’adhésion de la Croatie à l’UE. Elle veut aussi entamer des négociations d’adhésion avec la Serbie (après l’arrestation du criminel de guerre et de l’humanité Ratko MADLIC). Elle organisera enfin un partenariat oriental avec les pays est-européens.
2/ Le 28ème pays arrive. La Croatie a terminé ses négociations d’adhésion avec l’UE. Cependant, les gouvernements nationaux ont décidé que la Croatie ne rentrerait dans l’Union que … le 1er juillet 2013.
De qui se moque-t-on ? Pourquoi attendre deux ans alors que les examens sont finis, et réussis ? Ne serait-ce pas parce que deux grands pays, France et Allemagne, ont « leur » élection locale, respectivement en mai 2012 et au printemps 2013 ? Cela évitera aussi de parler d’Europe, et d’avoir à commenter l’adhésion d’un 28ème pays ?
3/ Le gouvernement danois veut l’euro. L’Islande aussi, avant même de rentrer dans l’UE ! Mais cela n’est pas possible. Il faut d’abord rejoindre l’UE puis (si les critères sont remplis) l’euro. En tout cas, cela prouve bien que tout le monde veut se protéger, grâce à l’euro…
4/ Mario DRAGHI, futur Président de la BCE. Il succèdera le 1er novembre 2011 au français Jean-Claude Trichet. Ce ne sera donc pas l’allemand Axel Weber, longtemps pressenti. Ainsi, quand ils veulent, les dirigeants européens savent anticiper, s’entendre, et aller très vite au consensus (comme pour la direction du FMI, d’ailleurs). Mais ils sont beaucoup plus lents lorsqu’ils doivent perdre – un peu - de leur souveraineté !
Mario DRAGHI est un homme de rigueur monétaire et budgétaire, encore plus que Trichet. C’est un « faucon monétaire ». Il fera une politique stricte en faveur de l’euro fort et respecté.
Mais il est aussi un Européen convaincu, qui plaidera pour une Europe unie, et il sera sur la même ligne que Trichet : rigoureux, mais sachant assouplir sa politique et aider les pays en crise, s’il le faut. J’y reviendrai tout à l’heure.
Ainsi, la BCE fera le lien avec LE sujet de la soirée : la situation économique et financière de l’UE, et plus particulièrement de la zone euro.
Mon plan sera simple :
1 : analyse de la crise grecque (et des autres) et ses conséquences
2 : l’Europe au pied du mur : une solution fédéraliste, ou la fin de l’Histoire ?
3 : les scenarii catastrophes
La crise des dettes souveraines, voire la crise tout court depuis 2008 (économique, financière, sociale) a révélé un peu plus ce dont on se doutait depuis longtemps : l’Union Monétaire ne suffit pas, surtout par gros temps.
Il faut l’Union Economique et Monétaire, puis aller le plus vite possible vers l’Union politique. Bref, passer de l’UM à l’UEM, pour aboutir à « l’UP »,donc, le fédéralisme, terme peut être moins tabou (merci la crise) mais encore largement iconoclaste auprès de nos compatriotes.
Les concepteurs de l’euro savaient que la monnaie n’était que la première étape d’un long processus d’intégration. Et ils l’avaient bien expliqué aux Politiques des années 1990. Mais leurs successeurs ont fait la sourde oreille, et ont préféré pratiquer la « méthode Coué ». Une fois l’euro créé, en 1999, ils ont cru que les « régulations » économiques entre les pays de la zone euro allaient se faire « automatiquement ». Pire, ils ont profité de l’euro pour dépenser à tout va, sans investissement d’avenir.
Aujourd’hui, endettés « jusqu’à l’os », ils colmatent, rusent, tergiversent. Idiot, et dangereux.
L’euro est une monnaie exigeante, qui se mérite ! Elle exige rigueur et solidarité. La plupart des dirigeants ont profité de l’euro, de sa stabilité, de son rôle de bouclier.
« Les » crises ont révélé aussi que l’euro, cette réussite exemplaire était tellement une monnaie forte, solide, efficace, qu’elle en devenait presque inadaptée pour des économies fragiles, faibles et à faible convergence économique et budgétaire (= les pays périphériques ou du « Club Med ») avec les pays forts, rigoureux et performants.
Bref, l’euro est tellement brillant (1,45 contre 1 $) qu’il en devient un problème (pour les petits pays d’abord). L’euro est un anesthésiant. Le « malade » ne le sait pas, car il n’a pas besoin de dévaluer. Il vit à crédit très longtemps. Mais un jour, il doit quand même rembourser… les ennuis commencent s’il n’a rien à vendre ! …
Alors que faire ?
- exclure les faibles ? Ce ne serait pas un problème économique, mais un problème moral et politique. L’Europe se diviserait. Alors qu’un Etat fédéral protégerait les faibles ;
- échelonner les dettes ? La BCE est contre car ce serait un mauvais signal envoyé aux prêteurs, mais ce sera peut-être nécessaire.
- les aider davantage ? Oui, mais qui ? Le contribuable ou les banques ? Bref, le public ou le privé ?
- les forcer à devenir efficaces et rigoureux ? Indispensable. Ils n’ont pas le choix.
- les deux à la fois ? Sans aucun doute.
Et que répliquer aux extrémistes politiques (et économistes) qui prônent un retrait de l’euro ? Pure folie et démagogie. On se doit de les combattre par des faits, des chiffres incontestables. Ils ont tort, et sont des démago-populistes. Car l’euro est une réussite exemplaire, la deuxième monnaie du monde : 27% des réserves mondiales de change, et ce n’est pas fini ! Car tout le monde veut de l’euro, pays riches comme pays émergents. L’euro a créé 9 millions d’emplois net dans la zone euro de 1999 à 2010 ! (plus que de 1990 à 1999 : 7,1 millions nets) la stabilité des prix (environ 2%) un taux d’intérêt incroyablement bas la simplification (plus de frais de change, d’attente aux frontières pour les routiers, etc.). L’Euro est aussi un élément identitaire européen (312 millions d’Européens partagent la même monnaie).
A présent, examinons dans le détail le plan annoncé.
I – la crise grecque et ses conséquences
a) La situation en Grèce
Fin 2011, la dette publique grecque atteindra 350 milliards d’euros, soit 150% de son PIB, 3,7% du PIB de la zone euro, et 2,4% du PIB de l’UE. C’est beaucoup pour ce pays qui ne produit pas grand-chose. Mais c’est marginal par rapport à la puissance économique de l’Europe.
La dette publique de la France est à 1 600 milliards, et celle de l’Autriche à 210 milliards. Par comparaison, au Japon, la dette représente 200% de son PIB (soit 8 000 milliards de dollars). Mais ce n’est pas trop un problème car le Japon finance ses prêts à 2% seulement et sa dette reste nationale. La dette des Etats-Unis est à … 14 400 milliards de dollars, soit 10 000 milliards d’euros.
Donc, pas catastrophique pour l’Europe, car il n’y aura pas d’effet « domino ». Mais catastrophique pour la Grèce, car il n’y a pas de solution. Si on annule la dette grecque, ce sera la colère des opinions publiques européennes, (car les banques et les contribuables devraient payer) et la perte de confiance dans la conduite des politiques européennes par les marchés et les agences.
Le problème grec est un problème de croissance, d’économie, de production. Que fabriquent les Grecs ? Rien ! Ils vivent avec l’argent de Bruxelles : les fonds structurels européens représentent 3 000 € par foyer et par an depuis 30 ans. Ils vivaient de l’assistanat total. Au total, la Grèce a reçu 46 milliards d’euro de fonds européens depuis 2000. Depuis 30 ans, ils ont fait des investissements de confort, et pas de production… Et ils ont maquillé les chiffres.
Il faut une révolution économique et même culturelle profonde, sérieuse.
L’Eglise n’est pas séparée de l’Etat. Or elle dispose d’un capital immobilier énorme, qui résorberait la dette, s’il était vendu. Il faudrait faire un cadastre immobilier (qui n’existe pas) et faire payer des impôts sur les immeubles. L’Etat grec ne sait même pas ce qu’il possède. Il n’y a pas d’économie structurée et diversifiée (la Grèce exporte de l’huile d’olive, mais pas de machines outils). Fraude fiscale massive : système D, corruption (énorme) et, travail au noir. 15% de la population est fonctionnaire, et a deux jobs (fonctionnaire jusqu’à 16h, puis chauffeur de taxi). Il faudrait restructurer l’économie, investir dans la recherche, l’innovation.
La solution : plus travailler, plus produire, pour trouver des recettes.
Le déficit budgétaire a quand même été réduit : 9,4% en 2010 contre 15,4% en 2009. Les prévisions pour 2011 se situent autour de 7,5%. La dette, elle, continue à s’alourdir : 126,8% de son PIB en 2009 ; 143% en 2010 ; prévision de 153% en 2011… Le cauchemar. Et 3ème année consécutive de récession.
Résultat : notation « CCC » pour la Grèce par les agences de notation (Pour le Portugal, l’agence Moody’s a dégradé la note en BBB-). Conséquence, le crédit sera plus cher… C’est logique.
b) L’aide apportée à la Grèce.
Un premier prêt communautaire de 110 milliards d’euro, en mai 2010. Mais au bout de 5 mois, la Grèce ne satisfaisait pas aux exigences du plan de rigueur. D’où de nouvelles dégradations de sa notation (CCC).
Si la Grèce sort de l’euro, ce sera dramatique… pour les Grecs : inflation importée, massive, avec un drachme qui sera très faible par rapport à l’euro. Sa dette sera donc plus chère à rembourser. Mais ce sera aussi un très mauvais signal politique au monde sur la désunion européenne. Ce n’est pas le moment.
Restructurer devrait coûter 100 milliards par an, pas plus.
L’Allemagne exige que les créanciers privés (les banques, les assurances) participent à l’effort de rééchelonnement de la dette grecque. Sinon ce serait les Etats, donc les contribuables européens. La BCE, gardienne de l’orthodoxie monétaire (stabilité des prix et crédibilité de l’euro) ne veut pas en entendre parler, arguant du risque de contagion.
Il y a une initiative française : les banques françaises et le Trésor se sont mis d’accord sur une proposition ouvrant la possibilité de réinvestir 70% seulement des sommes reçues lors des arrivées à échéance des emprunts grecs. Sur ce montant, 50% seraient alloués à de nouveaux prêts émis sur une période de 30 ans (et non 5 ans). Les 20% restant seraient placés sur des titres à coupons faibles, potentiellement adossés à des obligations du Fonds de stabilité européen. Le président de la Fédération allemande des banques privées, Michael KEMMER a assuré que les banques apporteraient leur contribution à une nouvelle aide des pays de la zone euro à la Grèce. Vous voyez bien qu’on va les aider !
Les banques allemandes détiennent près de 10 milliards d’euro d’obligations de l’Etat grec en portefeuille. Les banques françaises détiennent, de leur côté, 15 milliards d’euro de dette souveraine grecque. Elles veulent donc récupérer leur mise, au moins une partie.
Bref, personne n’aide la Grèce pour la beauté du Parthénon, mais par intérêt (sans jeu de mot).
c) La meilleure solution pour la Grèce ?
La question qui préoccupe tout le monde (l’Euro-groupe, la BCE, les marchés, les agences) est simple : la Grèce pourra-t-elle rembourser ? Ou faire défaut ?
L’option restructuration de la dette : en mars 2011, les dirigeants européens ont décidé d’assouplir les conditions de l’aide financière accordée à Athènes en mai 2010. Le taux d’intérêt a été réduit, et la durée des prêts consentis à été rallongée afin de donner plus de temps à la Grèce pour rétablir sa situation, mieux la « digérer ».
Si l’idée d’un défaut de paiement de la Grèce inquiète tant les dirigeants européens, ce n’est pas tant le montant de la dette grecque (elle représente 700€ par habitant de l’UE), mais c’est en raison du risque de contagion qu’il ferait courir aux autres pays vulnérables de la zone euro (Irlande et Portugal, voire Espagne et Italie).
Pour l’avenir, Athènes ne procèderait pas à un défaut de paiement unilatéral, mais à une restructuration négociée qui lui permettrait d’obtenir un allongement des délais de paiement et une baisse des taux d’intérêt.
L’Europe, sans le dire, semble se préparer à ce scénario en ayant d’ores et déjà accepté de rééchelonner les crédits accordés à Athènes. Mais la BCE est contre. L’Allemagne aussi… Pour Klaus REGLING, le président du Fonds européen de stabilité financière, « la restructuration de la dette souveraine grecque ne doit être envisagée qu’en dernier recours ». Eh bien, ils attendront donc le « dernier recours ».
II – l’Europe au pied du mur. Que peut-elle faire ? Que doit-elle faire ?
Il n’y a pas trente six solutions. Il nous faut, d’urgence, plus d’Europe, et pas moins d’Europe ! Une Europe sans pilote, est une Europe qui ne sait pas où elle va. Et une Europe qui ne sait pas où elle va, n’avance plus. Et qui n’avance pas, recule, ou tombe, comme sur un vélo… Sincèrement, la monnaie unique est une profonde réussite, exemplaire. Et pourtant, on la critique. C’est profondément injuste. Malgré tout ce qu’on entend, une large majorité d’Européens veulent quand même la garder. Car chacun comprend que l’euro nous protège, surtout en temps de crise.
a) Et si on parlait du fédéralisme
L’euro, après la CECA, est la seule création supranationale, et qui fonctionne sur un mode fédéral (autorités monétaires centralisées et indépendantes). L’euro n’a pas seulement été créé pour compléter le marché unique, mais aussi pour doter l’UE d’une devise solide et crédible, débouchant sur des réserves de change mondiales, et donnant à l’UE une force géopolitique grâce à une monnaie mondiale.
A réaliser, et vite : Harmonisation fiscale et sociale, euro-bonds, dette européenne mutualisée et budget européen. Il faut à présent avoir le courage de faire ce saut fédéral, ce qui était, d’ailleurs, prévu après la naissance de l’euro…
Mais les opinions publiques ne comprennent pas cela, à cause du « conditionnement » politique et médiatique en faveur de « l’Etat-Nation ». On fait croire aux gens que les solutions sont nationales, que les dirigeants ont une vision, un projet, etc. Il n’en est rien, hélas : ils suivent le mouvement plus qu’ils ne le précèdent, et, en temps de crise, ils sont totalement incapables d’avoir la moindre idée, ils gèrent au jour le jour, au gré de leur côte de sondage. Ce sont les bailleurs de fonds et les prêteurs qui mènent le bal, face à des dirigeants divisés, donc impuissants.
Elections après élections en Europe, les sortants sont… sortis. Ils n’ont pas encore compris qu’ils doivent s’unir et être solidaires pour sortir de la crise et relancer l’Europe. Faudra-t-il donc renouveler totalement cette génération actuelle d’eurosceptiques, voire de souverainistes étriqués ?
En un an et demi, on a un peu avancé vers le fédéralisme économique (la solidarité financière). Mais cela ne suffit absolument pas. Le problème est bien qu’il n’y a pas de gouvernance économique européenne. On est dans le marchandage permanent entre les « grands » Etats, jaloux de leur pré-carré national. Et le drame est, qu’au moment justement où on est passé au fédéralisme monétaire (1999), et où on pensait que cela allait déboucher sur un fédéralisme économique, puis politique, est arrivée cette génération d’eurosceptiques qui ont contaminé, hélas, les opinions publiques, de plus en plus radicalement hostiles à l’Europe.
Ou bien il y a un sursaut vers cette nécessaire gouvernance, ou bien tout explose, et on perd tout ! C’est injuste, car encore une fois, le problème grec n’est pas si grave que cela, et ne devrait pas entrainer des délires verbaux tels que l’annonce récurrente « de la fin de l’euro ». Absurde, pour une monnaie qui, douze ans après sa naissance, côte toujours bien plus que sa cotation initiale. Ce qui n’arrive à aucune autre monnaie mondiale !
La seule solution, si les gouvernements ne veulent pas tomber les uns après les autres, en tergiversant et en faisant des politiques de « rustine » pour la Grèce ou autres, c’est donc d’aller plus loin vers le fédéralisme budgétaire et économique : un vrai fonds européen, donc un budget européen (et pas 1% du PIB), et un vrai ministre européen de l’économie et des finances, une fiscalité convergente, des salaires moyens décents, etc. etc.
b) Une dette commune
Jean-Claude JUNCKER, président de l’Euro-groupe, et Julio TREMONTI, ministre italien des finances, ont fait la proposition suivante : que l’Europe s’intègre davantage, en mutualisant 40% de la dette des Etats. Ce serait un bon début.
Une dette souveraine commune, avec garantie conjointe et solidaire entre Etats, est le seul moyen d’éviter l’implosion de la zone euro, si la contagion dépassait la Grèce, l’Irlande et le Portugal (qui ne font à eux trois que 6% du PIB européen !). Elle est le seul moyen d’éviter un arrêt brutal du financement d’un pays en crise.
Quand la crise est devenu aigüe, les investisseurs (par exemple la BCE, la Chine…) ont acheté de la dette publique et privée de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, par peur du défaut. Les ménages et les entreprises grecs, eux, ont fait migrer leur épargne vers des banques allemandes ou françaises. Depuis, seuls des financements publics (UE/BCE/FMI) compensent les effets de ce tsunami. Seule une dette publique commune peut nous prémunir contre ce risque d’enchaînement infernal.
Il est devenu évident qu’1 € sur une banque grecque n’est plus égal à 1 € déposé sur une banque allemande. Sans dette commune, il est illusoire de garder des banques et des systèmes financiers dans des pays fragiles et économiquement divergents. Et il devient donc difficile de conserver ces pays fragiles dans la zone euro.
Les pays en crise du Sud de l’Europe ne pourront pas restructurer leur économie, augmenter leur compétitivité par une dévaluation interne (baisse des salaires et des prix), et réduire drastiquement leurs déficits, tout en payant des taux d’intérêt élevés. Sans dette commune, il est impossible pour les pays en crise de se réformer et, en même temps, de contenir leur dette.
Tous les scénarios convergent : il faut mutualiser et fédérer les dettes « souveraines » comme l’on fit en 1999 une monnaie « fédérale ». Il serait temps que nos gouvernements européens aient ce courage.
c) Un ministre européen des finances
C’est la proposition faite par Jean-Claude TRICHET à Aix la Chapelle, lors de la remise du prix Charlemagne, dont il est le lauréat pour 2011.
Le commissaire européen, Michel BARNIER, avait également suggéré cette solution à la Commission européenne.
Cela donnerait une vraie ligne politique, convergente, avec des moyens budgétaires conséquents pour avoir des politiques économiques de croissance offensives, volontaristes, seules capables de relancer la machine et de créer des emplois, sans dumping fiscal et social entre Etats. Il faut définitivement rassurer les marchés financiers qui mènent le bal en « testant » les maillons faibles, et en se jouant d’une Europe « multicéphale », donc inerte.
Ainsi, ou bien l’Europe se délite (les grands continuent à se faire concurrence les uns contre les autres), ou bien elle a le courage politique d’aller enfin vers le fédéralisme, déjà amorcé avec la monnaie unique, puis cette année, avec le Mécanisme Européen Financier (MEF), le Fonds européen de stabilité financière ( FESF) et le « semestre européen » qui contrôlera, un peu, désormais les budgets nationaux avant leur vote. C’est un début.
d) Une agence européenne de notation
Une des critiques contre les agences privées qui dominent actuellement le marché est leur modèle intrinsèque de notation, ainsi que l’existence de conflits d’intérêts lorsque les émetteurs payent eux-mêmes pour obtenir leur rating.
Ceci dit, il faut bien que tout prêteur évalue la solvabilité de l’emprunteur.
D’où le plan allemand du Président de la Deutsche Bank, Joseph ACKERMAN, relayé par le commissaire européen Michel BARNIER : la création d’une Agence de notation européenne, qui ne soit pas financée par les émetteurs, mais uniquement par les investisseurs sur les marchés.
La Chine vient de se doter aussi de sa première agence de notation (DAGONG). Mais, est-elle vraiment indépendante et objective ?
e) Le nouveau président de la BCE
L’Italien, Mario DRAGHI, succèdera à Jean-Claude TRICHET le 1er novembre 2011 à la présidence de la BCE.
C’est un homme peu contestable, au parcours universitaire de haut vol, ayant une expérience de banquier central (à la tête de la Banque d’Italie depuis 5 ans) et une vraie visibilité à l’international (Président du Conseil de stabilité financière). On le qualifie comme étant « une main de fer allemande dans un gant de velours italien ». Il sera un digne successeur de Jean-Claude TRICHET, très européen, rigoureux mais adaptable aux circonstances en cas de crise aigüe.
Il nous faut toujours quelqu’un d’exceptionnel à la tête de l’Institution monétaire, pour sa crédibilité mondiale et pour éduquer, voire « corriger » un peu les dirigeants européens lors des sommets européens.
f) Il y a d’autres raisons au choix évident du fédéralisme.
D’abord pour lutter contre les dérives populistes, ensuite parce que les autres pays nous y invitent. Et la cause est l’économie en berne, la précarité, le chômage de masse, etc.
Avant, on pouvait dévaluer sa monnaie pour se rendre compétitif. Avec l’euro, on ne peut plus, donc il faut être compétitif pour vendre. Il faut être innovant, baisser les déficits et parfois baisser les coûts de production, donc les salaires. Sans compétitivité, pas de croissance. Sans croissance, baisse du pouvoir d’achat et chômage, et non diminution de la dette. Le cercle vicieux.
Le seul problème de l’Europe (et peut-être bientôt de l’Amérique), c’est la compétitivité, ce n’est pas la monnaie.
Pour les salariés, cela signifie effort, labeur et sueur pour une à deux générations. Cela signifie aussi la fin des Trente Glorieuses, de l’Etat providence, qui depuis 1974 a dépensé plus qu’il ne produisait pour garder le niveau de vie et avoir la paix sociale. Aujourd’hui, on le paie très cher : endetté à mort et pas de travail pour les jeunes surtout, bien que surdiplômés (20% de jeunes au chômage en France ; 36% en Espagne).
D’où un mécontentement exploité par quelques partis : hausse des populismes, repli identitaire, montée des extrêmes-droites partout en Europe, refus des immigrés, réflexes xénophobes, etc., etc. Les gouvernements sont battus les uns après les autres, attention aux gouvernements populistes et xénophobes qui tueraient l’idée européenne, avant de tuer leurs propres peuples par le retour des guerres civiles qui ont ravagé l’Europe pendant 1000 ans. Attention, danger ! Ouvrons tous les yeux !
La crise de la périphérie de la zone euro s’aggrave du seul fait que l’UE envoie tous les jours des signaux contradictoires au monde : nos gouvernants se déclarent prêts à faire tout ce qui est requis pour sauvegarder l’euro ; tout… sauf ce qui ferait de l’Europe un acteur mondial, uni, fort, perçu comme tel. Sont-ils inconscients ? Avant tout, ils sont souverainistes et ne veulent pas partager. Leur seul horizon est leur élection ou réélection !
Dans la semaine du 25 juin, les USA ont tancé trois fois l’Europe afin qu’elle se ressaisisse et aille plus loin et plus vite sur la Grèce. Les Etats-Unis veulent une Europe unie, solidaire et réactive… Fin juin, John LIPSKY, directeur par intérim du FMI, a tancé les Européens en leur demandant de moins palabrer et d’agir (sic !) Tim GEITHNER aussi (Secrétaire d’Etat au Trésor américain) : « l’Europe doit s’unir et agir ».
L’Europe se trouve à la croisée des chemins : ça passe ou ça casse.
Puissent les eurosceptiques qui nous gouvernent arrêter de jouer aux apprentis sorciers. En ruinant « leurs » peuples, ils se brûleront eux-mêmes.
III – les scenarii de la catastrophe
a) Une crise de l’Europe, ou de certains pays européens ?
Nous vivons certes une crise de l’Europe très grave, car l’Europe n’est pas achevée. Mais nous n’aurons pas la fin de la zone euro, ni de l’euro !
Je ne crois pas au jeu de dominos que clament certains : la crise grecque s’étendra au pire au Portugal. Pas plus. Et je déplore les superlatifs excessifs qui dramatisent la crise à longueur de journée. Certes, l’Europe qui devait progresser institutionnellement grâce à l’euro s’est arrêtée net (et comme le vélo, elle tombe).
Et cette crise est notre faute, celle des gouvernements actuels qui privilégient leurs agendas nationaux. C’est une crise politique, bien plus encore que budgétaire.
La restructuration grecque ne suffira pas, et il faudra d’autres prêts. On n’a pas le choix. « Ils » n’ont pas le choix. Et ils le savent. Alors, pourquoi attendre, et nous faire peur ?
Il faudra réfléchir aussi sur le niveau (trop haut) de l’euro qui pénalise les Etats fragiles de la zone euro. Mais là se pose le problème des relations avec le dollar et le yuan. Et l’Europe n’est pas assez unie pour peser lourd dans ce débat avec les deux autres géants !
Cela se traduit par la grande lassitude de l’opinion publique allemande : 50% d’Allemands n’ont plus confiance dans l’UE ; et 70% ne voient plus dans l’Europe l’avenir de l’Allemagne. Ce constat est accablant, et gravissime. Comment a-t-on pu en arriver là ?
Le rapport de Christian NOYER, gouverneur de la banque de France, de juin 2011, est clair : la crise de la dette souveraine n’est pas une crise de l’euro, c’est une crise budgétaire. Il se veut rassurant sur les capacités des pays de la zone euro à résoudre cette crise, si les décisions prises sont appliquées à la lettre : refonte du Pacte de stabilité et de croissance ; création du Fonds européen de stabilité financière ; dispositif pérenne ; intégration d’un suivi de compétitivité et des coûts unitaires de production au nouveau cadre de gouvernance économique de l’UE.
On connaît donc les solutions. Il manque le courage politique.
Quelle est la situation de la France ?
Le salaire médian en France est aujourd’hui de 1.580 € par mois.
70% de la dette est détenue par des non-nationaux. Donc, on est très dépendant du regard des autres (les prêteurs) et de leur jugement, via les agences de notations. Alors, si elles dégradent notre notation, le coût du crédit augmentera en intérêt. Or 1% de taux d’intérêt en plus, c’est 16 milliards d’euro de plus à payer.
La dette est LA dépendance de la France. La faible croissance ne peut la freiner. La dette publique de la France (la dette souveraine), c’est 1 600 milliards d’euros, soit 26 000 euros par habitant. Tout va bien, madame la marquise !...
Les trois points faibles de l’économie française sont ses finances publiques, la faiblesse de sa productivité, et son déficit courant (la balance commerciale est de - 51 milliards d’euros en 2010, et environ - 91 milliards d’euros en 2011). Et nos atouts, la démographie et l’épargne forte, ne suffisent pas face à l’accumulation des problèmes.
La France se rapproche de la zone dangereuse en terme de ratio dette publique sur PIB (1 600 milliards/2.000 milliards !). La détérioration est sans précédent en 2009. 2010 aura été l’année de la stabilisation : le déficit public a été réduit à 7,1% du PIB, mais essentiellement du fait de la fin des mesures de relance. Le déficit structurel (= la part non conjoncturelle) a poursuivi sa progression pour atteindre le niveau de 5% du PIB, soit 3 points de plus que l’Allemagne et un point de plus que la zone euro. Le retard de la France sur ses principaux partenaires est manifeste et pourrait se renforcer au fil du temps. Un effort structurel de 1% du PIB par an pendant 5 ans permettrait au mieux de ramener la dette au-dessous de 70% du PIB en 2020, niveau qui prévalait en 2008 : une décennie perdue !
La santé flamboyante des entreprises cotées au CAC 40 fait oublier qu’il en est bien différemment des autres sociétés. Le taux de marge a atteint un plus bas niveau depuis 20 ans.
La montée des pays émergents dans le commerce mondial camoufle le recul de la position de la France dans le club des principaux exportateurs européens. La part de la France dans les exportations s’est tassée de 5,8% en 2007 à 4,1% en 2010 (contre 10% pour l’Allemagne). Enfin, le déficit de la balance des transactions courantes est de 34 milliards d’euros, soit 1,7% du PIB ; les chiffres 2011 seront pires…
b) La crise ailleurs
Des différences majeures existent entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
Les Etats membres des Etats-Unis ne sont pas confrontés entre eux au problème du déficit commercial comme la Grèce l’est à l’égard du reste de l’UE, et en particulier de l’Allemagne. En outre, une grande partie de la dette publique des USA est fédérale ; c’est la dette de l’Union. Et la dette des Etats membres constitue une part minoritaire de la dette publique totale, et elle est achetée par la FED. Cela change tout.
Washington ne rencontre pas (encore) de problème de financement de sa dette publique, car grâce à leur prétendue sécurité, les bons du Trésor américain sont très prisés sur les marchés internationaux, alors qu’ils n’offrent qu’une rémunération très faible. Les Chinois en détiennent beaucoup (un tiers).
Enfin aux Etats-Unis, une série de dépenses publiques importantes sont à la charge du budget fédéral ou sont garanties par celui-ci, alors que le budget de l’Union européenne n’est qu’une peau de chagrin. Le budget européen, c’est 138 milliards d’euros (1% du PIB européen). Le budget américain, c’est 3 700 milliards de dollars, soit 23% du PIB américain. Cherchez l’erreur ! Nous, les Européens ont à une monnaie sans Etat.
Mais le 28 juin, l’indice du Conference board pointait une baisse de la confiance des consommateurs américains en juin, pour le
deuxième mois consécutif. Le contexte se dégrade aux Etats-Unis : la dette a atteint en mai, le plafond fixé par le Congrès. Il faut donc le relever. Si aucun compromis n’est trouvé, les USA seront en « défaut technique » le 2 août (ils ne peuvent plus payer les factures !!).
Le moteur américain est en panne, alors que les politiques de relance budgétaire et monétaire arrivent à terme. On prévoit 2,5� croissance en 2011, seulement. La FED arrête fin juin son programme d’assouplissement quantitatif : après avoir injecté pendant 6 mois 600 milliards de dollars (soit 417 milliards d’euros) dans le système financier, elle ne dispose plus de vraie marge de manœuvre. Tout a une fin. Les agences de notation anglo-saxonnes commencent, enfin, à se préoccuper sérieusement de la dette monstrueuse américaine, que la croissance ne suffira pas à rembourser. Une dégradation de la notation américaine (AAA aujourd’hui, comme pour la France et l’Allemagne) aurait une répercussion planétaire. Toujours l’effet contagion, dû à l’interdépendance croissance des économies, de plus en plus mondialisées. Il paraît que quelques génies ont des idées pour « démondialiser »… On ne rit pas, SVP.
Jusqu’alors les agences de notation ne s’intéressaient qu’à la dette publique européenne. On attaque toujours le maillon faible. Standard and Poors a désormais menacé les USA de dégrader leur notation. Standard and Poors n’a pas été convaincue ni par le bras de fer au Congrès sur les réductions budgétaires pour 2011, ni par le plan de réduction sur 12 ans proposé par Barak Obama. La probabilité du risque de la dégradation de la notation américaine ? Les experts parlent de 30 à 33% : c’est un pronostic raisonnable. Les risques vont augmenter significativement si les Etats-Unis ne s’attaquent pas à leur problème de déficit très rapidement.
En résumé, une détérioration commune de la situation budgétaire américaine et européenne pourraient faire très mal... Le rendement des bons du Trésor américain pourrait grimper durablement, ce qui signifie une charge accrue de la dette pour l’Etat. Un accord politique sur la question de la dette budgétaire est donc indispensable.
Face à l’ampleur de cette dette, les investisseurs ont déjà commencé à être attiré vers d’autres valeurs, comme les actions ou l’or, et à vendre massivement du dollar. Même le franc suisse remonte !
Si la notation est dégradée, quelles seraient les conséquences pour l’Europe ? Certains économistes sont plus optimistes. A plus long terme, on pourrait assister à une augmentation des flux monétaires vers l’Europe, et notamment les bons du Trésor allemand qui représentent une économie si brillante en ce moment. Par conséquent, l’Amérique pourrait aussi assister à un regain de domination de l’Europe qui deviendrait un partenaire commercial plus important. On pourrait voir les USA perdre peut-être leur statut de n°1. La roue tournerait en faveur de l’Europe… pour une fois !
c) Et si un pays sortait de l’euro ?
Si la Grèce sort de l’euro, l’euro sera toujours aussi apprécié par tous les autres ! Je rappelle ici que la Grèce ce n’est rien, malgré ses 350 milliards d’euros de dette souveraine. Car la Grèce c’est 2,5% du PIB européen. Si on était en système européen fédéral, le « Trésor européen » aurait réglé l’affaire en un mois
Pour reprendre la formule de Jean QUATREMER, paraphrasant la phrase de John CONNALLY, secrétaire d’Etat au Trésor américain en 1971 (« le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ») : « l’euro, c’est notre monnaie, mais c’est désormais votre problème ».
Il y a un énorme paradoxe, car la zone euro, et même l’Union européenne, est beaucoup plus saine sur le plan financier (mieux régulée) que le reste du monde, USA et Asie. La zone euro est beaucoup moins endettée que les USA et l’Asie, ou la Grande-Bretagne. Et pourtant c’est elle qui est attaquée. C’est donc bien politique : il n’y a pas de statut fédéral et de poids lourds politiques (« l’Europe, j’appelle qui ? »…). Les marchés veulent être sûrs que l’Europe est bien unie pour faire face aux problèmes budgétaires.
Dernier paradoxe : l’euro se porte très bien, et très fort, et tout le monde veut en acheter : Chine, Brésil, Inde. Il détient déjà 27% des réserves mondiales de change. Si personne n’en voulait, là il s’écroulerait. Ce n’est pas le cas.
On (les médias, quelques économistes marginaux et autres politiques souverainistes) nous intoxique à longueur de journée en nous serinant que l’euro est en danger. Ce n’est pas l’euro qui est en danger, ce sont les gouvernants des pays malades et des pays endettés jusqu’à l’os. Leur carrière politique peut être compromise.
La crise de la zone euro est en train de faire prendre conscience au reste du monde de la puissance de cette monnaie dont la disparition plongerait la planète dans une grave récession. La zone euro est un espace économique et financier équivalent à celui des USA. L’euro est la deuxième monnaie de réserve du monde.
La récession qui suivrait l’éventuelle disparition de l’euro ferait apparaître la crise de 1929 ou celle de 2008 comme « d’aimables amuse-bouches » (comme dit Jean QUATREMER dans son blog). Ben BERNANKE, président de la FED (la Réserve fédérale américaine) déclare : « les effets sur les USA seraient tout à fait considérables ».
Pour la Chine et les USA, une explosion de la zone euro serait une catastrophe. D’ailleurs, Washington s’énerve de l’incapacité des Européens à traiter un problème qui est davantage politique qu’économique, ceux-ci paniquant les marchés par leurs déclarations contradictoires et leurs bavardages attentistes. Les USA s’inquiètent tout haut de l’émergence d’une nouvelle tornade financière si Athènes devait faire défaut.
La Chine manifeste en paroles et en actes son soutien aux Européens : elle a acheté des obligations d’Etat en Grèce et au Portugal (et en Hongrie). Elle profite des difficultés européennes pour renforcer son implantation dans l’Union : elle a acheté des infrastructures portuaires en Grèce ; elle a aussi investi dans une douzaine de projets industriels et d’infrastructures en Hongrie. La Chine, qui finance déjà l’Etat américain, devient, sur une base bilatérale, l’un des banquiers de l‘Europe. Elle achète de la dette souveraine européenne. Elle vient au secours de nos défaillantes finances publiques : elle nous fait crédit. Cela contribuera aussi à sauver l’Europe.
Certes, les investisseurs peuvent agir pour le compte de l’Etat chinois, et grappiller aussi quelques secrets industriels… Certes, la détention par la Chine d‘une partie de la dette de tel ou tel pays européen limite la capacité de l’UE à faire pression sur Pékin (pour la cotation du yuan, ou pour les Droits de l’Homme…).
Quelles seraient les conséquences d’une sortie de l’euro ?
De plus en plus de pseudo-économistes ou de vrais démagogues promeuvent une sortie de l’euro. Là, il y a vraiment danger ! Indignez-vous !
Permettez-moi de vous donner quelques éléments de langage pour contrer des raisonnements stupides et démagogiques.
Un processus de sortie de l’euro peut se résumer en trois étapes successives : un changement d’unité monétaire/une dépréciation de la nouvelle monnaie/une poussée de l’endettement.
Appliqué à une économie aussi largement déséquilibrée dans ses échéances extérieurs que l’est l’économie française (ou l’économie grecque), la nouvelle monnaie nationale se déprécierait automatiquement, du fait des écarts entre les sorties et entrées de devises : la dépréciation de la monnaie ne serait pas choisie, mais subie. Cela entrainerait un renchérissement énorme des importations (réglées aux ¾ en dollar) ; suivie d’une perte de compétitivité et d’une perte du pouvoir d’achat des gens.
Cela aurait un effet d’emballement sur la dette publique, par 3 canaux : directement par le renchérissement (au prorata de l’écart de valeur entre « le nouveau franc » et l’euro, de la partie de la dette souscrite en euro ; l’effondrement des recettes fiscales lié à la récession, ce qui aurait pour effet de creuser le déficit ; la sortie, de facto, du marché obligataire européen, lequel réduit, aujourd’hui, à zéro les coûts de transaction censés couvrir le risque de change. Ainsi, émettre des titres en franc coûterait à l’Etat français plus cher qu’émettre à présent des titres en euro.
Sortir de l’euro, c’est finalement un remède pour une économie bien portante… qui n’en a donc pas besoin !! CQFD.
Si on sort de l’euro, on sort des marchés financiers. Alors, où va-t-on emprunter pour rembourser sa dette ? Qui va oser prêter à un pays qui ira beaucoup plus
mal ? Et à quel taux ?
Heureusement, le ridicule de ceux qui prodiguent de telles « solutions » ne tue pas… Cela est risible, mais navrant aussi, car la génération des gouvernants actuels, que je qualifie, par politesse, « d’euro-tièdes », n’a jamais « porté » politiquement, affectivement cette monnaie unique, pourtant réussie. Du coup, les peuples ne se la sont pas appropriée, comme naguère les monnaies nationales (le franc, le mark, etc ;). Car l’Europe n’a pas encore de visage, de corps, d’âme. La faute aux politiques et à nombre de médias qui jouent à se (nous) faire peur.
L’euro est le bouc émissaire idéal, alors qu’il ne cesse de nous protéger !
La vérité est que les politiques retardent encore l’échéance de l’Europe fédérale, des Etats-Unis d’Europe, alors que c’est la seule solution pour peser économiquement (recherche/innovation/compétitivité/crois-sance) et géopolitiquement face aux émergents. Or, que pèserons nous, à 5, 10, ou même 60 millions d’habitants, si nous sommes rachetés par les Chinois ou autres ?
Ils feignent d’être aveugles et sourds, arcboutés sur leurs trônes souverainistes, qui se muent petit à petit en tabouret bancal !... Gare à la chute. Leur chute. Les peuples, loin d’être niais, finiront par comprendre que les seules solutions pour rebondir, créer des emplois, se relancer est de s’unir budgétairement, financièrement, commercialement. La division affaiblit. L’Union fait la force. Même l’union dans la diversité.
Il faudra aussi, bien sûr, absorber ces dettes abyssales par des efforts importants et durables mettant entre parenthèses pour quelques temps (3, 5, 10 ans ?) l’Etat providence né après la Seconde Guerre mondiale.
Plusieurs pays européens ont déjà, courageusement entrepris de le faire.
D’autres pays, comme la France par exemple, continuent d‘augmenter leur dette publique ( 90 milliards d’euros pour notre pays en 2011, qui s’ajouteront aux 1 600 milliards d’euros accumulés depuis 1980 !). Ce qui rendra vaine, au passage, toute promesse d’action que nous feront les candidats à la Présidentielle…
Ces gouvernements là, inconséquents, jouent à l’évidence la montre… le temps de laisser passer une élection, peut-être ?
Alors que pendant ce temps-là, les peuples souffrent d’une économie atone, avec un chômage endémique, une précarité qui se développe, et observent que, partout ailleurs, l’économie tourne, avec, en moyenne, 4% de croissance dans le monde !
Lyon, le 6 juillet 2011.
Quand les grands pays européens s'entendent pour imposer leur loi aux petits
| 09.03.11 | 13h36 • Mis à jour le 09.03.11 | 14h44
MERKEl. MONNET. Ces deux noms pourraient et devraient même être les deux faces d'une même médaille. Hélas, il n'en est rien, tant chacun incarne des visions différentes, voire contradictoires de la construction européenne. En fait, à bien des égards, soixante ans plus tard, on retrouve la même vision divergente qui opposait Jean Monnet à Charles de Gaulle. Angela Merkel, clone de Charles de Gaulle ? Un comble si l'on songe à ce que l'Allemagne doit à Jean Monnet et à la méthode communautaire qui lui a permis de devenir la puissance phare de l'Europe d'aujourd'hui. La chancelière veut-elle donner raison aux chauvinistes français qui se méfiaient des "revanchards" allemands ?
Considéré comme un des pères fondateurs de l'Europe moderne, Jean Monnet avait une intuition : pour réconcilier la France et l'Allemagne après la guerre, non seulement il fallait mettre en commun les principales ressources de l'époque, le charbon et l'acier, mais aussi élargir ce pacte à d'autres Etats européens, l'Italie et le Benelux, sur la base d'institutions communes permettant tant aux grands qu'aux petits pays d'être paritairement parties prenantes au mécanisme de prise de décisions.
Jean Monnet avait l'habitude de dire : "Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes." Et d'ajouter : "Rien n'est possible sans les hommes mais rien n'est durable sans les institutions." C'est l'invention de la "méthode communautaire".
Avec l'arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle, la France a voulu imposer, au début des années 1960, une autre approche, la "méthode intergouvernementale", préconisée par le plan Fouchet (fondé sur la souveraineté des Etats), en 1962. En substance, les "grands" pays décident, les "petits" exécutent. Ces derniers, avec le soutien de l'Allemagne, ont mis ce plan à la poubelle et l'Europe s'est finalement construite grâce à la méthode communautaire, laquelle ne prive pas les chefs d'Etat et de gouvernement de leur rôle d'impulsion, mais permet de filtrer les débats à travers un exécutif indépendant des Etats membres et détenteur de l'intérêt général européen, la Commission européenne. Aujourd'hui cependant, on assiste à un nouvel assaut des "intergouvernementalistes", qui s'appuient sur le nouveau rôle institutionnel du Conseil européen.
Initiative de l'ancien président français, Valéry Giscard d'Estaing, et de l'ancien chancelier allemand, Helmut Schmidt, la création, dans les années 1970, du Conseil européen n'était pourtant qu'un accident de l'histoire, comme me l'a raconté lui-même ce dernier. L'idée n'était pas d'instaurer une nouvelle institution européenne mais de préparer un cadre informel permettant aux Européens de coordonner leurs positions sur les grandes questions internationales, à une époque où l'Union européenne (UE) n'avait aucune compétence en la matière.
Pour l'ex-chancelier, la menace des missiles SS20 soviétiques et la nécessité pour l'Europe de réagir collectivement à cette situation exigeait un tel cénacle. Du reste, pendant des années, le Conseil européen n'a rien changé à l'équilibre institutionnel européen ni à l'approche communautaire.
Cependant, le ver était dans le fruit. La France, qui a toujours eu un faible pour le concept d'Europe des nations, dans le droit-fil de la pensée gaulliste, n'a ainsi jamais cessé de promouvoir le Conseil européen, socle de la méthode intergouvernementale. Et l'Allemagne n'a longtemps jamais cessé de s'y opposer, privilégiant l'approche communautaire et devenant, de ce fait, l'alliée naturelle des "petits" pays européens.
Une approche qui s'est d'ailleurs révélée gagnante pour l'Allemagne, dont l'économie a profité, plus que beaucoup d'autres Etats membres, des progrès de la construction européenne. Depuis la réunification toutefois, la pensée allemande a lentement mais sûrement évolué et cette évolution a débouché sur l'institutionnalisation, grâce au traité de Lisbonne en 2007, du Conseil européen. De club privé et discret, le Conseil européen est devenu le syndicat officiel des chefs d'Etat et de gouvernement, avec son président permanent, lequel ne cesse d'empiéter sur les compétences de la Commission européenne, sans aucun contrôle démocratique du Parlement européen.
Baptisée "méthode de l'Union" par Angela Merkel, ce coup d'Etat institutionnel n'est jamais que la restauration de la vieille méthode intergouvernementale. Et si nous n'y prenons garde, l'Europe et la France ont tout à y perdre. L'Europe d'abord, qui fonctionne sur la base d'un contrat, reposant lui-même sur des disciplines et des politiques communes dont les contraintes sont acceptées par tous, car chacun participe à leur élaboration à travers le conseil des ministres et le Parlement européen où ils sont représentés au prorata de leur poids démographique respectif, le tout sous le contrôle d'une institution indépendante, la Commission européenne, qui veille au bon respect des règles tant par les "petits" que les "grands" pays.
Cette égalité n'existe plus, ou seulement fictivement, au sein du Conseil européen où les petits arrangements entre amis font office de procédure. Ainsi en est-il du pacte de stabilité, maintes fois violé avec la coupable complicité des chefs d'Etat et de gouvernement et ce malgré les rappels à l'ordre de la Commission. Combien de sous-marins, de chars et d'avions la France et l'Allemagne ont-elles vendus à la Grèce avant de s'inquiéter de l'endettement de la République hellénique, championne d'Europe des dépenses militaires ?
Faut-il acheter des centrales nucléaires françaises ou des machines-outils allemandes pour être à l'abri de sanctions pour mauvaise gestion des finances publiques ? C'est pour éviter cette dérive que la Commission européenne a proposé une réforme du pacte de stabilité, prévoyant un quasi-automatisme des sanctions. Le président stable du Conseil européen, sans oser contester l'objectif, préconise, pour sa part, que les chefs d'Etat et de gouvernement conservent le dernier mot. Autrement dit, un quasi-statu quo. En se ralliant à la "méthode de l'Union" à l'allemande, Nicolas Sarkozy trahit l'esprit de Monnet - ce qui est le moindre de ses soucis - avec le sentiment du devoir gaulliste accompli. Mais le président oublie que son pays n'est plus le même que dans les années 1960 où, fort de sa puissance économique et politique, il décidait de tout. Aujourd'hui, la puissance économique et politique de l'Europe, c'est l'Allemagne, et c'est elle qui impose son tempo et ses thèmes.
L'illustration la plus patente de cette nouvelle donne est le fameux pacte de compétitivité présenté par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors du dernier Conseil européen. Un exercice surréaliste pour le président français si l'on songe que la mouture originale de ce texte a été conçue, écrite et diffusée d'abord à Berlin et en allemand. La contribution française s'est limitée à donner son accord. Car c'est ça le problème de la méthode intergouvernementale : tout le monde est égal, mais Angela Merkel est plus égale que Nicolas Sarkozy. Cela ne signifie nullement qu'il faille rejeter les idées contenues dans ce document, première ébauche concrète d'une véritable politique économique et de croissance européenne.
Mais si la France, comme d'autres, veut peser sur la définition de cette politique et sur les mécanismes de sa mise en oeuvre, il est temps de passer la main à la Commission européenne, garante de l'intérêt général européen et de troquer la "méthode de l'Union" pour la "méthode communautaire". Car confier les rênes de l'Europe à la seule Allemagne, c'est prendre le risque d'un douloureux réveil nationaliste chez ses voisins. Et ce regain nationaliste est bien la dernière chose dont l'Europe a besoin.
Guy Verhofstadt, président du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe au Parlement européen Article paru dans l'édition du
10.03.11